lundi 9 décembre 2013
noel bientôt
Mais au fait… comment commencer un conte, voir même un conte de Noël?
C'est de saison, soit, et même si personne n'en n'a plus rien à fiche des saisons, cela pourrait être vu comme un manque impardonnable de goût de louper l'introduction du conte de Noël, le fameux "il était une fois, etc etc etc".
Louper ce lancement cela revient à servir un bordeaux trop frais, à ne pas laisser une viande s'attendrir, à forcer la main pour une déclaration, à rester trop longtemps après que la fête soit finie,.
Bref… louper le lancement d'un conte, c'est peut-être une histoire de nuance, mais loupé, ça clash direct.
Plusieurs options restent pourtant offertes:
"Voici une histoire improbable qui aurait dû être triste mais est un véritable bonheur" … facile, dégoulinant et sucré.
"Voici l'histoire improbable qui n'aurait jamais dû arriver mais se produit néanmoins" … immensément romanesque, mais plan plan, moins de sucre mais pas de sel.
"Voici l'histoire improbable qui aurait pu être facile et gaie, mais qui a failli ne jamais avoir lieu, mais qui néanmoins arrive, banale, ni trop gaie, ni extra-ordinaire, mais juste gaie et extra-ordinaire, comme dans la vraie vie " … trop réaliste, vraiment banale, pas de quoi faire fondre un flocon, ça manque de … ça manque de conte …
Mais, c'est quoi au fait le conte de Noël?
Once upon a time…
Causer en english, ça fait son petit effet, mais cela n'éclaire pas plus…
Noël, Noël…
L'étoile du berger, la dinde aux marrons, la bûche et ses nains, les paquets en vrac de toutes les couleurs, pas assorties mais pourtant raccord.
Noël, le fantasme du miracle étincelant, ce fichu magic stick qui transforme et transfigure tout: le crapaud devient sexy man, la gourdasse se transforme en bombasse, l'inutile si évidemment inutile redevient indispensable, l'ado tout en maladresse et égocentrisme prend des teintes emphatiques et attentionnées… Mouais, mouais, maouis….
Noël et son miracle … C'est pas ça. Mais patience.
Ce n'est pas encore Noël… juste ses prémices… des avant goûts… des mises en bouches.
Moi, je n'aimais pas vraiment les Noëls Supercalifragilisticexpialidocious… quoique … est ce que je me l'avouerais à moi même?
…
Okay… bas les paravents, les faux semblants, les faux tout etc. J'avoue.
J'aime les Noël avec des sapins plein de guirlandes, des branches qui ploient sous les boules, des déco kitsch qui n'épargnent aucune porte d'entrée, aucune poignée, aucun pan de mur. J'aime les couronnes sur la porte, j'aime les noël qui ne rechignent sur aucun plats gras, aucune pâtes d'amande, aucun des desserts brillants de sucre, marbrés et croquants.
J'aime les Noël too much, trop caloriques, trop baveux de bises et d'accolades chaleureuses, trop téléphonés, trop de tout et surtout trop de de ce que l'on s'acharne à éviter.
J'aime les Noël avec une cheminée, avec des traces de pas faites dans la neige synthétique que l'on a consciencieusement réalisées entre adultes, un peu après minuit, après un peu trop de champagne, J'aime ce trop plein de souvenirs fabriqués, ce goût de déjà vu entretenu juste pour laisser la surprise aux enfants. J'aime les Noël avec des biscuits entamés par le père noël et ses lutins, des carottes grignotées par les rennes, des cadeaux laissés en désordre au pied du sapin, des verres de lait au miel laissés pour le vieil homme.
J'aime cette magie attendue, sans surprise, si ce n'est celle, toujours improbable, de perdurer.
J'aime que mes neveux et nièces jouent le jeu. J'aime qu'ils décident de ne pas nous entendre sortir les cadeaux à minuit. J'aime qu'ils viennent nous réveiller le 25 au matin pour que nous les voyions ouvrir et déballer des cadeaux qu'ils connaissent déjà mais qu'ils s'ingénient à découvrir.
C'est un jeu. Une magie entretenue pour rien… même pas les pour les plus jeunes… peut-être plus pour les plus âgés. Juste pour la magie du moment.
J'aime ces Noël, pleins d'attendus et de bienveillance, pleins de gentillesse, avec cette petite pointe de compassion maladroite pour ceux qui y croient presque encore… …
Mais que jamais on ne dise à tous les lutins pré-pubères, à tous les gnômes chiffonnés dans leurs pyjamas, à tous des frénétiques dérouleurs de bolducs… que jamais on ne leur dise trop tôt que croire à ce qui est fragile est une force, qu'ils attendent pour se rendre compte qu'ils sont partie prenante de la magie.
Je suis profondément atteinte … irrémédiablement contaminée par le syndrome de la neige artificielle, des chaussettes en laine pendues, de l'odeur des bûches calcinées, des châtaignes et des laits de poule.
Mais…
Je ne suis pas pour autant désespérée à l'idée de passer Noël au soleil, marquant des traces de pas dans le sable fin, regardant les tongues pendues sous les palmiers, envahie de l'odeur des ambres solaires et autre Monoye.
Je me remettrai certainement sans mal de ce Noël dans une île sous le soleil, en tête à tête, juste au coeur de l'essentiel.
dimanche 2 octobre 2011
un angle un peu différent

Des congés en décalé, des sursauts d'été recalés en automne, forcément ça destabilise et je ne m'en sors pas indemne...
Alors, moitié pour le plaisir des mots, moitié pour démêler ces réflexions diffuses qui affleurent à l'occasion des vacances comme le font les cailloux d'un champs en jachère, je reprends le clavier pour quelques formules.
Le prochain "vrai" message est en préparation, mais je dois encore laisser un peu le sable filer entre mes orteils, mes pattes d'oie se creuser de sel au soleil et mes pas se plomber par trop de balades ...
Donc, en attendant, quelques cailloux sortis de mes méninges désoeuvrés, des phrases qui se la philosophent à deux balles aux détours des dunes.
"Ce n'est pas l'excès de travail qui épuise mais le manque de repos. Ce n'est pas la vieillesse qui est rude mais le manque de vie devant soi."
"Le manque d'intelligence et d'écoute des débats est plus affligeant que la vacuité des échanges."
"Que les journalistes continuent à se prendre pour des procureurs, les animateurs pour des journalistes, les invités de talk-show pour des leaders d'opinion, les publicitaires vieillissants rôtis d'UV pour des sociologues, les Hommes politiques pour des serviteurs fussent-ils de la république, que ce jeu continue, s'amplifie et s'emballe comme des chaises musicales effrénées, et qu'enfin ils se retrouvent le cul par terre, là où leurs pieds n'ont plus d'empreintes depuis longtemps".
"La peur avouée de vieillir est souvent narcissique: peur de souffrir, de se flétrir, d'être dépendant. Ma peur inavouée est de savoir devoir se séparer irréparablement des autres, juste un peu plus âgés ou juste comme moi, avant même que de n'avoir à le faire de ma propre jeunesse".
"Michel Jonasz: le visage de mon père, mais vivant et avec une moustache... saisissant de ressemblance. C'est une chance de ne pas pouvoir oublier son image. Une chance parfois un peu violente."
"Faire plaisir est une façon élégante et utile de s'oublier enfin - y trouver de l'émotion permet de se retrouver".
"Il faut que j'écrive un bouquin sur l'art de ne pas être grand-mère".
"Plus ridicule qu'un quinquagénaire avec un égo démesuré, un quinquagénaire avec un égo démesuré de trentenaire".
"Vivre au jour le jour, c'est ne pas être mort de nuit en nuit... j'aime autant l'inverse".
Pas de moi, mais j'adore "le verre n'est ni à moitié vide, ni à moitié plein, mais juste parfois deux fois trop grand"... et ça vaut aussi pour les lit de coin, même d'1m 20 ...
Et voila le genre de réflexions auxquelles conduisent quelques jours de vacances après trop de tout et pas assez d'essentiels - flippant, n'est-il pas?
Sur ce, je vais réviser mes grasses mat, siestes et assoupissements divers, mes discussions banales ou passionnées, mes silences, mes balades littorales et autres respirations enfin à plein poumon (il était temps) et enfin iodées. Je vais également aussi chercher un entonnoir à ma taille, au cas où ces quelques lignes deviennent mon régime nominal.
Certainement à bientôt, quelque soit mon nouveau couvre-chef, pour une balade charentaise apaisée et tranquille, au rythme des cagouilles.
dimanche 21 août 2011
Faena sans arene
Décidément, ce sont les soirs de chaleur qui me poussent à écrire. Ceux qui sont en solo. Surtout les dimanches.
Les dimanches ont ce calme suspect qui précède le plongeon dans l'effervescence entretenue du travail et la sociabilisation à peine forcée qui va de pair.
Pas un souffle d'air.
Tout s'expend.
Les jambes enflent, les pores se dilatent, les cernes touchent des abysses et les idées se répandent plus ou moins heureusement.
Il faut bien trouver une vertu à cette torpeur moite, aux orages qui ne crèvent pas et à une certaine solitude, un éloignement de quelques jours.
Après l'effervescence d'un week-end splendide à Béziers pour la féria, de partages, à côtoyer l'exception, ce week-end-ci est d'un contraste cinglant.
Tout d'abord avoir loupé une fenêtre, une entrée dans un autre monde. Et ce, pour la raison la plus trivialement stérile: la raison professionnelle.
Une virée manquée à Belle Ile, des rencontres shuntées avec ses amis, des affinités qui auraient pu d'épanouir encore plus.
Mais à quoi servent les regrets quand on s'est soi même soumis, même si c'est à des contraintes "acceptées".
Pas de regrets, non, mais un fonds collant et vaseux de culpabilité.
Alors même que je ne voulais plus avoir à mettre sous conditions mes curiosités, ce qui fait l'engrais des jardins privés.
La fatigue dans ces moments-là laisse la place à une lassitude enveloppante, une mélancolie fourbue.
Encore quelques semaines, moins d’un mois, à ce régime forcé. Plus que quelques semaines à laisser le terrain à ce qui n’est pas vraiment l’essentiel, ce qui n’est pas le sel de la vie.
Comme dans les corridas, c’est une guerre de terrains dans laquelle il s’agit de ne céder que ce qui est nécessaire et de toujours maîtriser le leurre, une protection aussi fragile fut-elle mais essentielle.
La conviction plus que l’intelligence ou le pouvoir permet ces petits miracles.
Jouer avec ses limites. Jeu familier, presque addictif, mais jeu risqué, parfois grisant, souvent inutile.
Ensuite, bientôt, il faudra que je me repose, que nous nous re-posions, que nous nous pausions.
Un an bientôt à toucher du doigt l’improbable , à déchirer le voile qui recouvrait les envies, à conjuguer au présent pluriel, à étendre l’horizon.
Alors, un dimanche à mouronner, dans la moiteur d’une ville sans vitalité, sans rire ni parole, c’est à peine une ponctuation, une virgule dans un texte dense, une anecdote.
Pourquoi en faire un cas ?
Juste pour forcer cet état à cesser peut-être ?
lundi 27 juin 2011
imper et passe

Milieu de la nuit. Il fait chaud.
Depuis plusieurs heures l'esprit s'entrechoque, sans étincelle. Juste des gnons, des engourdissements stériles.
La fatigue depuis plusieurs mois maintenant est une invitée clandestine. Installée.
Il est plus que tard. Déjà lundi. La nuit laisse, comme toujours, planer l'illusion qu'hier s'étire encore.
Je suis presque vaincue mais les mots volent encore dans ma tête comme des mouches dans un bocal. Ils ont pollué ma journée.
Une suite de mots. Rien à en attendre. A peine chercher en eux si ce n'est un début d'idée, une base de musique. Les mots ronflants ou sobres sont les compagnons noctambules et anachroniques des heures d'entre deux jours.
Entre deux moiteurs, voici les mots qui s'organisent autour de considérations assez vaseuses autour des âges qui nous rythment.
Il y a des âges pour l'insouciance, pour les fascinations. Il y a des âges qui construisent des repères, des références. Comme ça, sans calcul.
Il y a des âges où ces repères se perdent, où les fascinations laissent place aux séductions très étudiées, narcissiques. Comme ça, par mauvais calcul. Des âges pour se rassurer. Des âges où la spontanéité s'est effacée.
Ensuite, il y a des âges pour les retenues, pour les soustractions. Apprendre à perdre.
Les héros de l'enfance meurent. Les êtres uniques jusqu'alors par leur présence, le deviennent terriblement plus en partant. Le vide prend sa place. Les séductions suintent le fond de teint. Les rires sonnent un peu plus faux.
Un âge où les émois des jours tendres laissent encore la trace d'une saveur connue. Un âge où cette saveur file sur les lèvres comme une morsure.
Un âge en équilibre qui penche vers les souvenirs. Un âge pour se pencher et tomber en espérant des bras. Comme le chante Pete Doherty ... Once upon a time...
Mais il suffit d'un rien face aux abysses pour s'éviter les vertiges, encore faut-il y faire face.
Il reste que le coeur de la nuit est un terreau bien sombre.
Aujourd'hui le temps a tourné de la pluie au soleil, puis à la moiteur orageuse des excès. Les germes des idées maussades s'épanouissent comme des lierres. Envahissants.
Un jour pousse l'autre. Un souvenir s'accroche à un autre comme un devenir à une envie.
C'est stupide comme des évènements étrangers à sa vie propre y trouvent des résonances assourdissantes.
La mort de Peter Falk m'a émue plus que je ne l'aurais pensé.
Une intelligence de moins, un non conformiste de moins, un talent de moins, un visage familier de moins, et juste un vide maintenant. Un de plus.
dimanche 3 avril 2011
le souffle court... et moi après lui
mercredi 8 décembre 2010
ecran de neige
Jour de neige. Paris. Après-midi off.
Les premières heures d'aujourd'hui ont été difficiles. Tiraillées. Inquiètes.
Puis le soleil s'est levé, bien après qu'il eut commencé à faire jour.
Un jour blanc dehors.
Un jour gris dedans.
Les jours de neige, à Paris, gomment les reliefs. Gomment les bruits. Les tumultes urbains sont en sourdine. Les nuances de gris et de greige de la ville sont en veille.
Chet succède à Luis.
Alors.
Avant que la boue ne remplace les tapis ouateux. Avant que les flaques ne succèdent aux souplesses neigeuses. Avant que les traces inaugurales ne soient remplacées par les piétinements inutiles.
Alors....
Alors, dans ce demi silence blanc, la place est nette pour ses errances personnelles. Pour les pics et les gouffres. Pour les cacophonies et les mutismes. Pour ses sentiments. Pour leurs résonances. Leurs échos.
Ajoutez à cela une pointe d'incertitude. La plus intime. La crainte la plus pure.
Des examens médicaux intrusifs. Aiguilles. Carottages. Des écrans renvoyant des images de soi indistinctes, indéchiffrables. Impudiques au micron près. Des images à peine capturées que sitôt mesurées. Archivées. Fixées dans leurs anomalies métaboliques.
Des odeurs écoeurantes de peurs, d'incertitudes. Les statistiques.
Une salle d'attente bondée. Pleine de doutes, de renoncements, d'optimisme et d'espérance. Une salle d'attente pleine d'humanité.
Et voici dans ma tête une pièce qui vole en l'air. Pile? Face? What the fuck!
Reste à attendre les résultats.
10, 12 jours. Fois 24 heures. Fois 60 minutes. Fois les absences. Fois les silences. Fois les "si" à peine avoués. Fois tous les moments dédiés à des âmes choisies. Et aussi à lui.
Un examen, on le rate ou on le réussit. C'est binaire. Et c'est idem, qu'il soit médical ou non.
Après et avant, il y a la "vraie" vie.
Jamais binaire. Sans diagnostique imparable. Ni blanche, ni noire.
Comme ces snow days.
Je vais attendre.
La pièce sur la tranche, pour ce qui du diagnostique médical.
Dans cette attente, entre deux "si", une certitude est installée. Ne plus perdre de temps par ailleurs.
Juste le passer avec lui. En gouter les sucres et les acides. Le savourer. Le temps construit ensemble a "de la gueule", à défaut d'avoir les attraits classiques et harmonieux des ronroncoulades des squatters des bancs publics, neigeux ou secs.
Une pièce sur la tranche. Soit. Mais son ombre n'est pas froide.
dimanche 17 octobre 2010
le jour avant de partir...
Dimanche, fin d'après midi.
La journée est morne et s'étire difficilement vers minuit.
Pourtant, il y a quelques heures...
Un réveil finalement matinal après une soirée d'amitié pure, assez tardive. Au réveil, teint pas très frais. Cheveux vite attachés. Tirer fort sur l'élastic pour défripper les traits.
Juste un peu d'eau sur le visage et un voile de crème, histoire de sourire sans risquer se déchirer la peau. Superposer des couches de vêtements.
L'élégance parisienne sera pour demain... ou après-demain!
Nouer les lacets de ces baskets réputées transformer les jambes des quadra, même assez tapées, en guibolles de rêves réhaussées de fessiers superbes. Bon. Ce n'est pas la cata totale, mais je me dois de faire la part des choses. Les jambes de Marlène ou d'Helena Cristensen seront pour une autre.
Je noue mes lacets en renonçant à m'exhiber en guêpière, genre Ange Bleu.
J'espére juste avoir moins de courbatures que la dernière fois. Voeu somme toute raisonnable.
Je sors de chez moi dans un accoutrement improbable. Il fait très frais.
Mes poumons redessinent leurs contours. Mon haleine fait des voiles de buées.
Je me réveille totalement.
Je mets la musique à fond sur mon "baladeur". Un mélange iconoclaste de rock, de tango, de flamenco, de soul et de funk... il est heureux que je sois la seule à en profiter...
Je traverse l'avenue entre les mères de famille qui vont au marché, caddy à la main et nez un peu rougi, et quelques mal (mâles) rasés de tous âges qui, sous prétexte d'aller chercher les croissants, s'échappent eux aussi du domicile dit familial.
Ma direction: le jardin des plantes.
Me réveiller de bonne heure, et un dimanche matin de surcroît, a pour moi les mêmes effets que rentrer à l'aube en semaine, juste avant d'attaquer une journée de travail: un effet euphorisant. Quelque soit la fatigue, laisser de la place au sentiment assez magique de voler la vedette à la routine. Gagner du temps sur l'inutile. J'accepte sans broncher l'obligation, facile à assumer, de devoir en profiter, d'en goûter chacune des secondes.
Un vrai luxe.
Certe, pas le "luxe" d'avoir les yeux cernés, la joue molle et le teint frippé (ce que me renvoit chaque vitrine croisée sur mon parcours).
Mais, celui d'avoir la conscience d'être très privilégiée, de pouvoir savourer ce "temps en plus", sans contrainte, par plaisir.
Par plaisir... vite dit.
Je suis au jardin des plantes, à marcher avec ces baskets improbables.
Des engins high-tech, qui coûtent un bras, et ont la particularité de donner le sentiment de marcher sur des sandales japonaises. Des coussinets à la base des orteils déséquilibrent la marche. Du coup, pour ne pas tomber en avant, comme une loque, on ne roule pas totalement son pied en marchant. On s'arrête avant. On force sur le mollet, les cuisses et les fesses.
La journée est morne et s'étire difficilement vers minuit.
Pourtant, il y a quelques heures...
Un réveil finalement matinal après une soirée d'amitié pure, assez tardive. Au réveil, teint pas très frais. Cheveux vite attachés. Tirer fort sur l'élastic pour défripper les traits.
Juste un peu d'eau sur le visage et un voile de crème, histoire de sourire sans risquer se déchirer la peau. Superposer des couches de vêtements.
L'élégance parisienne sera pour demain... ou après-demain!
Nouer les lacets de ces baskets réputées transformer les jambes des quadra, même assez tapées, en guibolles de rêves réhaussées de fessiers superbes. Bon. Ce n'est pas la cata totale, mais je me dois de faire la part des choses. Les jambes de Marlène ou d'Helena Cristensen seront pour une autre.
Je noue mes lacets en renonçant à m'exhiber en guêpière, genre Ange Bleu.
J'espére juste avoir moins de courbatures que la dernière fois. Voeu somme toute raisonnable.
Je sors de chez moi dans un accoutrement improbable. Il fait très frais.
Mes poumons redessinent leurs contours. Mon haleine fait des voiles de buées.
Je me réveille totalement.
Je mets la musique à fond sur mon "baladeur". Un mélange iconoclaste de rock, de tango, de flamenco, de soul et de funk... il est heureux que je sois la seule à en profiter...
Je traverse l'avenue entre les mères de famille qui vont au marché, caddy à la main et nez un peu rougi, et quelques mal (mâles) rasés de tous âges qui, sous prétexte d'aller chercher les croissants, s'échappent eux aussi du domicile dit familial.
Ma direction: le jardin des plantes.
Me réveiller de bonne heure, et un dimanche matin de surcroît, a pour moi les mêmes effets que rentrer à l'aube en semaine, juste avant d'attaquer une journée de travail: un effet euphorisant. Quelque soit la fatigue, laisser de la place au sentiment assez magique de voler la vedette à la routine. Gagner du temps sur l'inutile. J'accepte sans broncher l'obligation, facile à assumer, de devoir en profiter, d'en goûter chacune des secondes.
Un vrai luxe.
Certe, pas le "luxe" d'avoir les yeux cernés, la joue molle et le teint frippé (ce que me renvoit chaque vitrine croisée sur mon parcours).
Mais, celui d'avoir la conscience d'être très privilégiée, de pouvoir savourer ce "temps en plus", sans contrainte, par plaisir.
Par plaisir... vite dit.
Je suis au jardin des plantes, à marcher avec ces baskets improbables.
Des engins high-tech, qui coûtent un bras, et ont la particularité de donner le sentiment de marcher sur des sandales japonaises. Des coussinets à la base des orteils déséquilibrent la marche. Du coup, pour ne pas tomber en avant, comme une loque, on ne roule pas totalement son pied en marchant. On s'arrête avant. On force sur le mollet, les cuisses et les fesses.
La suite est que:
première option - si vous êtes top modèle, vous prenez un billet de 100.000 et quelques en posant nue avec ces baskets pour une pub, ou
deuxième possibilité- si vous n'êtes que vous... vous avez des courbatures, une nouvelle paire de chaussures à caser dans le placard et 90 euros en moins.
Je ne suis pas top modèle et mon placard déborde de paires de chaussures plus ou moins étonnantes.
Presque 2 heures à marcher au jardin des plantes au rythme de ma play-list un brin déjantée.
La marche n'est pas très "courue" de ce côté-ci de l'atlantique. J'avoue également que le jardin des plantes a très peu à voir avec central park.
Donc, je me distingue au milieu des joggers aux foulées plus ou moins aériennes, aux bras plus ou moins ballants, aux tenues plus ou moins moulantes, mais assez systématiquement très peu flatteuses.
Le jardin, lui, est superbe.
En marchant, je peux profiter de chaque nuance, de chaque mouvement alentours.
Mon souffle n'est pas court. Je ne suis pas totalement centrée sur mon effort.
Je contracte mes abdos, le dos, et je maîtrise la position de mes côtes.
Je marche sans poids, mon point de gravité presque en apesanteur au fur et à mesure des foulées. Hormis cette concentration de posture, pour le reste, mon attention est totale.
Des enfants chamboulent les feuilles mortes à terre, à grands coups de traînements de pieds.
Des joggers "mâles urbains" essaient de garder un air "I'm so sexy with some effort", sans y réussir totalement. Des jeunes femmes convoquent à chacune de leurs foulées les foudres jalouses et vachardes de leurs contemporaines moins sveltes et légères. D'autres, les pieds lourds et la fesse arythmique, ne font que conforter, à chacun de leur pas, les fans de ce cher Winston, dont je suis... et me voici à expirer en les croisant des "no sport" embués mais puissants de conviction!
Ces 2 heures de marche matinale me font finalement un bien fou.
Je marche, je me gèle, je me moque, je me régale de la contemplation de ce jardin des plantes, si peu désuet finalement, et, je me courbature avec un plaisir avoué.
Puis, je rentre.
Je passe par le marché.
première option - si vous êtes top modèle, vous prenez un billet de 100.000 et quelques en posant nue avec ces baskets pour une pub, ou
deuxième possibilité- si vous n'êtes que vous... vous avez des courbatures, une nouvelle paire de chaussures à caser dans le placard et 90 euros en moins.
Je ne suis pas top modèle et mon placard déborde de paires de chaussures plus ou moins étonnantes.
Presque 2 heures à marcher au jardin des plantes au rythme de ma play-list un brin déjantée.
La marche n'est pas très "courue" de ce côté-ci de l'atlantique. J'avoue également que le jardin des plantes a très peu à voir avec central park.
Donc, je me distingue au milieu des joggers aux foulées plus ou moins aériennes, aux bras plus ou moins ballants, aux tenues plus ou moins moulantes, mais assez systématiquement très peu flatteuses.
Le jardin, lui, est superbe.
En marchant, je peux profiter de chaque nuance, de chaque mouvement alentours.
Mon souffle n'est pas court. Je ne suis pas totalement centrée sur mon effort.
Je contracte mes abdos, le dos, et je maîtrise la position de mes côtes.
Je marche sans poids, mon point de gravité presque en apesanteur au fur et à mesure des foulées. Hormis cette concentration de posture, pour le reste, mon attention est totale.
Des enfants chamboulent les feuilles mortes à terre, à grands coups de traînements de pieds.
Des joggers "mâles urbains" essaient de garder un air "I'm so sexy with some effort", sans y réussir totalement. Des jeunes femmes convoquent à chacune de leurs foulées les foudres jalouses et vachardes de leurs contemporaines moins sveltes et légères. D'autres, les pieds lourds et la fesse arythmique, ne font que conforter, à chacun de leur pas, les fans de ce cher Winston, dont je suis... et me voici à expirer en les croisant des "no sport" embués mais puissants de conviction!
Ces 2 heures de marche matinale me font finalement un bien fou.
Je marche, je me gèle, je me moque, je me régale de la contemplation de ce jardin des plantes, si peu désuet finalement, et, je me courbature avec un plaisir avoué.
Puis, je rentre.
Je passe par le marché.
Quelques fruits et légumes.
Un saut chez le fromager.
Faire un crochet chez le caviste. Quelques nectars et autres bouteilles. Il me met en boite avec mon côté sportive du dimanche. Il a ma bénédiction et mon appui. J'en rajoute. Je suis assez réveillée et lucide pour me ficher de moi... la journée s'annonce prometteuse.
Retour à la maison.
Je tente d'éviter les voisins en rentrant. Inévitablement, sans succès. Et je supporte leurs regards narquois et sceptiques...
Je rentre dans ma grotte.
Midi.
Il est l'heure à laquelle je me levais il y a encore quelques temps, à laquelle je me lève parfois, moins souvent...
La journée déploie toutes ses promesses et je suis en éveil.
Je profite.
Dans 2 jours je pars loin. Au soleil.
Face à un océan qui, pour une fois, n'est pas l'atlantique.
Quasi deux semaines off.
Je laisse en pension, aux parisiens, le jardin du Luxembourg, le Palais royal et la terrasse du Nemours, le jardin des plantes, ses massifs, ses allées et ses verrières, la lumière rasante d'automne.
Je laisse le marché et ses maraîchers.
Je confie mon caviste, sa gouaille et ses vins plus ou moins souples, goûteux, fruités, etc.
Moi, je retrouverai tout cela plus tard.
Je serai alors plus calme. L'horizon sera plus loin dans mon regard. Mes gestes plus souples.
Enfin reposée.
Enfin, je l'espère.
Et alors, je serai forcément heureuse de retrouver tout ce que j'avoue laisser.
Et je retrouverai tout le reste, aussi, et ce que je tais.
Ce sera l'hiver.
Un saut chez le fromager.
Faire un crochet chez le caviste. Quelques nectars et autres bouteilles. Il me met en boite avec mon côté sportive du dimanche. Il a ma bénédiction et mon appui. J'en rajoute. Je suis assez réveillée et lucide pour me ficher de moi... la journée s'annonce prometteuse.
Retour à la maison.
Je tente d'éviter les voisins en rentrant. Inévitablement, sans succès. Et je supporte leurs regards narquois et sceptiques...
Je rentre dans ma grotte.
Midi.
Il est l'heure à laquelle je me levais il y a encore quelques temps, à laquelle je me lève parfois, moins souvent...
La journée déploie toutes ses promesses et je suis en éveil.
Je profite.
Dans 2 jours je pars loin. Au soleil.
Face à un océan qui, pour une fois, n'est pas l'atlantique.
Quasi deux semaines off.
Je laisse en pension, aux parisiens, le jardin du Luxembourg, le Palais royal et la terrasse du Nemours, le jardin des plantes, ses massifs, ses allées et ses verrières, la lumière rasante d'automne.
Je laisse le marché et ses maraîchers.
Je confie mon caviste, sa gouaille et ses vins plus ou moins souples, goûteux, fruités, etc.
Moi, je retrouverai tout cela plus tard.
Je serai alors plus calme. L'horizon sera plus loin dans mon regard. Mes gestes plus souples.
Enfin reposée.
Enfin, je l'espère.
Et alors, je serai forcément heureuse de retrouver tout ce que j'avoue laisser.
Et je retrouverai tout le reste, aussi, et ce que je tais.
Ce sera l'hiver.
Il fera vraiment froid. Les journées seront plus courtes. Noel s'annoncera, et je ferai comme si cela ne me minait pas.
Pour le moment, juste le jour qui suit.
Pour le moment, juste le jour qui suit.
Carpe Diem et protection solaire.
Dans la nuit, la veille du départ, je ferai la valise. Retrouver les maillots de bain. Ajouter quelques accessoires.
Croiser les doigts pour que les avions décollent et que je puisse accéder à l'aéroport.
Puis arriver après 12 heures de vol.
Profiter de la limpidité de l'eau, de l'air.
Profiter de chaque bout de soleil sur les épaules, sur le front, sur le dos.
Nager. Plonger. Plonger. Re plonger. Sombrer dans un sommeil, même intermittent.
Switch off.
Et revenir.
Alors, la peau gardant encore le toucher du soleil, remettre cet accoutrement improbable, ces baskets high tech, prendre le chemin du jardin des plantes.
Marcher très concentrée.
Alors...
Dans la nuit, la veille du départ, je ferai la valise. Retrouver les maillots de bain. Ajouter quelques accessoires.
Croiser les doigts pour que les avions décollent et que je puisse accéder à l'aéroport.
Puis arriver après 12 heures de vol.
Profiter de la limpidité de l'eau, de l'air.
Profiter de chaque bout de soleil sur les épaules, sur le front, sur le dos.
Nager. Plonger. Plonger. Re plonger. Sombrer dans un sommeil, même intermittent.
Switch off.
Et revenir.
Alors, la peau gardant encore le toucher du soleil, remettre cet accoutrement improbable, ces baskets high tech, prendre le chemin du jardin des plantes.
Marcher très concentrée.
Alors...
Alors, je m'arrêterai, certainement, un drôle de sourire aux lèvres, dans la buée de mon haleine. Alors je m'arrêterai, certainement, devant le carroussel, le "Dodo Manège". Devant ses Dodos, ses éléphants. Il n'y aura plus de feuilles mortes à chambouler en courant.
Et je reprendrai ma marche. Incongrue au milieu des joggers.
Et je retournerai me faire vanner par mon caviste, acheter des fruits, et attendre qu'un autre dimanche se termine dans mon canapé, au creux d'une autre fin de semaine.
Et je reprendrai ma marche. Incongrue au milieu des joggers.
Et je retournerai me faire vanner par mon caviste, acheter des fruits, et attendre qu'un autre dimanche se termine dans mon canapé, au creux d'une autre fin de semaine.
Mais alors, j'attendrai qu'un autre dimanche se termine dans mon canapé, au creux d'une autre fin de semaine... mais, alors, j'attendrai en débronzant doucement, le plus doucement possible.
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