Cette boule à facettes énorme, c'était il y a un peu plus d'une semaine à Bobin'o. Spectacle "La clique". Une troupe déjantée dans la pure tradition burlesque, hors norme. Du numéro de trapèze à la prestidigitatrice qui finit son numéro en nu intégral, du coussin péteur du magicien techno à l'homme élastique, du mâle sublime quoique très mouillé, à un chanteur échappé de Priscilla folle du désert, en plus noir, plus gros, plus de tout!
Cette boule à facettes est aussi une sorte de pied de nez à ces samedi soirs paillettes que je ne chéris pas.
Ce n'est pas uniquement parce que les Bee gees me vrillent les tympans que ce soir du Week End est presque toujours la soirée la plus calme de mes semaines.
Tout d'abord, je déteste les liesses collectives préprogrammées. Quant à se retrouver au milieu d'une foule qui se débride autant que ce soit vraiment dans l'excès, que ce soit spontané et communicatif.
Le côté étriqué et prévisible des fêtards du samedi soir est déprimant.
Leurs dérapages ont l'amertume des gueules de bois trop vite chopées et les relents acides des petits matins courbatus mais dénués d'une cerne de plaisir.
Pas beaucoup d'esprit festif dans ces soirées trop préparées, trop attendues, trop "entre soi".
Alors, définitivement je resterai une casanière du samedi, et définitivement une noctambule potentielle tous les autres soirs.
Le samedi est par ailleurs une soirée toute particulière qu'il est dommage de gâcher. La seule soirée de la semaine qui vous appartienne totalement car juste à la jonction de deux jours sur le programme desquels vous avez la main (aux obligations administratives, ménagères et familiales près... bien entendu!).
Le samedi, il reste possible de prendre un bouquin pour le plaisir de lire et sans répondre à un besoin parasite de se "changer les idées". Il reste possible de naviguer dans les piles de CD pour réécouter des morceaux, piochés presque par hasard. Il reste possible de ne rien faire: Juste se laisser ramollir dans un bain, se répandre sur le canapé, se fondre dans la dégustation d'un vin, se vernir les ongles des orteils, évaluer du regard le courrier que l'on n'a même pas ouvert.
Le samedi soir je suis dans la disposition d'esprit la plus favorable pour donner la valeur la plus juste à toutes les choses que je ne fais pas ce soir là et que je remets aux autres jours.
Sauf que ces autres jours, trop occupée à faire, à bien faire souvent, à faire vite aussi, je serai à nouveau un oeil rivé sur le petit bout de la lorgnette, l'autre sur la montre.
Donc le samedi c'est un plaisir délectable, luxueux et parfaitement égoïste: ne pas s'agiter, choisir, et surtout ne pas avoir à donner le change.
Ce samedi a été parfait.
La preuve: il n'y a rien à en dire !
Ce dimanche entre autres moments précieux: au théâtre, une lecture d'extraits de "A la recherche du temps perdu" de mister Proust.
J'ai comme beaucoup renoncé à lire cet auteur. Réputé difficile, barbant, interminable comme ces fameuses phrases, réputé indigeste comme les non moins fameuses madeleines même trempées dans une infusion de tilleul.
Cette lecture alternée par 3 comédiens était émouvante, drôle, caustique, juste.
Je retenterai certainement cet Anapurna littéraire.
Certainement entre 2 romans, un science et vie, les inrockuptibles, un policier, voici et le monde de lundi avec l'analyse des élections.
J'ajouterai aussi à ce méli mélo de mots, juste pour le plaisir du rythme de ses vers, quelques brassées des fleurs de monsieur Baudelaire.
Aucune mélancolie à cela.
Mais, une admiration pour ces artistes orfèvres, qui sertissent parfaitement, avec science, talent et invention, les pierres que chacun y apporte.
Alors, oui clairement relire certains poèmes des fleurs du mal en écoutant Piazzola n'est pas ce que l'on peut imaginer de plus gai, de plus débridé.
Et heureusement, toutes mes soirées ne sont pas aussi calmes.
Mais si j'ajoute à cela qu'il me restait un verre d'un excellent Saint Emilion, et que j'avais tout le canapé pour m'allonger.
Vous l'avez maintenant compris.
C'était juste un moment parfait, plaisant, plein.
Partager ce moment était impossible.
Alors, je n'en ai partagé qu'une facette, celle de "recueillement", le poème livré dans mon dernier billet.
Du coup, c'est une inquiétude que j'ai levée sur mon état d'âme.
Quand je vous dis que c'est dangereux les facettes !
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