mercredi 10 février 2010

Le Parfum ... petite paranoïa quotidienne ...

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Voici une petite tranche de paranoïa quotidienne.
De ces désagréments qui redonnent du sel.
Je vous en servirai d'autres si cela vous amuse.
En attendant, bonnes courses !

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Week end. Faire les courses au petit supermarché du quartier.
Votre esprit est tout entier attaché à des préoccupations ménagères, polarisé sur les menus de la semaine, le poids du panier et, le recours à sa mémoire photographique pour se rappeler si, oui ou non, il y avait encore un rouleau de papier absorbant dans le placard quand vous l'avez ouvert la dernière fois... C'est pourtant gros un rouleau de papier absorbant!
Se dire, au passage, en croisant son image fatiguée dans une des vitres griffées des armoires de surgelés, que l'on aurait pu tout de même se mettre un peu de blush, et se coiffer un rien.
Bref, vous vivez, panier à la main, un de ces moments sacrifiés du week-end, sans aucun rituel.
Vous cheminez au milieu des yaourts, à une portée des rangées de softs, des murs de céréales, là, juste avant d’attaquer les produits d’entretien.
Vous cheminez, en plein coeur d’un monde dénué de toute trace de sentiments, si ce n'est sous cellophane (date d'emballage de la veille et date limite de consommation introuvable).
Alors, en plein coeur de ce monde, et en pleine réflexion tactique sur le plus court chemin pour finir cette corvée... là ... en plein ... là, vous attrapez une effluve de son parfum. Du sien. Vous vous en trouvez entourée. Noyée.
Alors, le temps de quelques flashs intimes, trombinoscopiques et assez déplacés dans cet univers marchand et familial (là je suis au rayon petits pots et laits maternisés). Donc, le temps de ces quelques flashs intimes, identifier très clairement, trop même, ce parfum comme celui de "celui qui", "celui avec qui", "celui-là même".

Se dire que l’on disjoncte quand même un peu.
Aller alors à la caisse. Faire la queue. Attraper un paquet de chewing gum (pourquoi toujours par lot de 3? ça ne fait rien, le prendre quand même).
Et à nouveau, l'effluve est là.
Forte et encore chaude.
Ce n'est pas une illusion, même si vous savez que vous pensez un peu trop souvent à lui, "lui, celui qui".
Identifier le porteur du fameux parfum.
Si ce n'était cette odeur, il serait totalement transparent.
Lui en vouloir de le porter si mal, en tout cas moins bien que "celui qui". Lui en vouloir surtout d’être là, avec son pack d'eau et sa crème à raser, avec sa banalité.
Lui reprocher de transporter « clandestinement » cette part si privée de votre intimité au supermarché.
Essayer de l'ignorer.
Pincer le nez. Chasser l'idée de ce parfum, occuper son esprit.
Se rendre compte qu'une fois de plus, la caisse que vous avez choisie est la plus lente.
Se retrouver à nouveau obnubilée par ce fichu rouleau de papier absorbant et l'idée d'avoir à revenir pour cela.
Payer.
Ranger les courses.
Sortir.
Et,
finalement, sourire de cette confusion, de votre confusion.
Attraper le téléphone portable au fonds du sac et composer son numéro.
Juste pour remettre son image à lui sur cette odeur.
Juste pour remettre les choses à leur place: les courses dans le panier, l'intimité dans la tête, ce parfum au creux des draps, au creux de son cou à lui, remettre l'inconnu transparent au bout de son caddy, le papier absorbant dans le placard en haut, au fonds, caché, et remettre enfin, aussi pour lui, "celui qui", un peu de blush sur les joues.


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Je retourne bientôt revoir Rodin et Matisse.
Egalement apprécié ce mardi, le concert de Benjami Biolay au Casino de Paris: beau concert, excellents musiciens, sincérité palpable, soirée "superbe" !

Enjoy your time,
et merci pour vos messages!

1 commentaire:

  1. Ma mémoire olfactive est tout aussi vivide sans avoir pour autant tout le charme intime de ce parfum qui vous renvoie à celui qui aurait mis du blush sur vos joues par sa simple présence dans cette épicerie du monde nouveau.

    Plus de trente ans déjà que ma mémoire respire cette odeur toute simple...

    Matin d’été, au sortir de l’adolescence, quand l’aube irise les collines environnantes, je me dirige vers cette échoppe qui n’avait de boulangerie que les délicieux effluves qui s’en dégageaient. Il me fallut d’abord me débarrasser des odeurs entêtantes des agrumes qui bordaient la route. Lovés au cœur des murs de pierres des villages, ces murs ocres brulés par la morsure du soleil la journée et qui délicieusement vous retournent une douce chaleur quand la nuit est tombée, fleurs d’oranger, de citronnier trouvent dans cet environnement toutes les conditions propices à leur épanouissement.

    En me rapprochant de la boutique, l’odeur du pain, dans la fraicheur matinale, emplissait l’espace de ses subtiles fragrances. Je me laissais d’ailleurs guider par cette odeur. Qui aurait, en effet, pu deviner que derrière cette porte battante grillagée, au bout d’un court, sombre et étroit couloir se trouvait la lumière : une image presque biblique, un comptoir en bois rustique, veiné, torturé sur lequel les premières fournées attendaient les mains tendues des adorateurs.
    La convivialité de l’échange autour de mots simples presque dérisoires avec l’artisan qui confectionnait ces merveilleuses flutes aux croutes dorées, ciselées et parfumées.
    Le bonheur de porter contre sa joue ce pain encore chaud et fermer les yeux pour en figer tous les enivrants effluves
    J’ai eu l’occasion de repasser devant cette maison, il ne subsiste plus rien de la boulangerie mais en moi renaissent toutes ces couleurs et odeurs du passé. Je me sens bien avec ce sentiment de supériorité de celui qui sait et a vécu des instants inoubliables


    Voulez vous un bout de pain Nina ?


    Je repousse la porte battante, le précieux trophée contre ma poitrine, serré
    Le soleil inonde la rue et je cille des paupières…
    Esox Lucius

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