dimanche 3 avril 2011
le souffle court... et moi après lui
mercredi 8 décembre 2010
ecran de neige
Jour de neige. Paris. Après-midi off.
Les premières heures d'aujourd'hui ont été difficiles. Tiraillées. Inquiètes.
Puis le soleil s'est levé, bien après qu'il eut commencé à faire jour.
Un jour blanc dehors.
Un jour gris dedans.
Les jours de neige, à Paris, gomment les reliefs. Gomment les bruits. Les tumultes urbains sont en sourdine. Les nuances de gris et de greige de la ville sont en veille.
Chet succède à Luis.
Alors.
Avant que la boue ne remplace les tapis ouateux. Avant que les flaques ne succèdent aux souplesses neigeuses. Avant que les traces inaugurales ne soient remplacées par les piétinements inutiles.
Alors....
Alors, dans ce demi silence blanc, la place est nette pour ses errances personnelles. Pour les pics et les gouffres. Pour les cacophonies et les mutismes. Pour ses sentiments. Pour leurs résonances. Leurs échos.
Ajoutez à cela une pointe d'incertitude. La plus intime. La crainte la plus pure.
Des examens médicaux intrusifs. Aiguilles. Carottages. Des écrans renvoyant des images de soi indistinctes, indéchiffrables. Impudiques au micron près. Des images à peine capturées que sitôt mesurées. Archivées. Fixées dans leurs anomalies métaboliques.
Des odeurs écoeurantes de peurs, d'incertitudes. Les statistiques.
Une salle d'attente bondée. Pleine de doutes, de renoncements, d'optimisme et d'espérance. Une salle d'attente pleine d'humanité.
Et voici dans ma tête une pièce qui vole en l'air. Pile? Face? What the fuck!
Reste à attendre les résultats.
10, 12 jours. Fois 24 heures. Fois 60 minutes. Fois les absences. Fois les silences. Fois les "si" à peine avoués. Fois tous les moments dédiés à des âmes choisies. Et aussi à lui.
Un examen, on le rate ou on le réussit. C'est binaire. Et c'est idem, qu'il soit médical ou non.
Après et avant, il y a la "vraie" vie.
Jamais binaire. Sans diagnostique imparable. Ni blanche, ni noire.
Comme ces snow days.
Je vais attendre.
La pièce sur la tranche, pour ce qui du diagnostique médical.
Dans cette attente, entre deux "si", une certitude est installée. Ne plus perdre de temps par ailleurs.
Juste le passer avec lui. En gouter les sucres et les acides. Le savourer. Le temps construit ensemble a "de la gueule", à défaut d'avoir les attraits classiques et harmonieux des ronroncoulades des squatters des bancs publics, neigeux ou secs.
Une pièce sur la tranche. Soit. Mais son ombre n'est pas froide.
dimanche 17 octobre 2010
le jour avant de partir...
Dimanche, fin d'après midi.
La journée est morne et s'étire difficilement vers minuit.
Pourtant, il y a quelques heures...
Un réveil finalement matinal après une soirée d'amitié pure, assez tardive. Au réveil, teint pas très frais. Cheveux vite attachés. Tirer fort sur l'élastic pour défripper les traits.
Juste un peu d'eau sur le visage et un voile de crème, histoire de sourire sans risquer se déchirer la peau. Superposer des couches de vêtements.
L'élégance parisienne sera pour demain... ou après-demain!
Nouer les lacets de ces baskets réputées transformer les jambes des quadra, même assez tapées, en guibolles de rêves réhaussées de fessiers superbes. Bon. Ce n'est pas la cata totale, mais je me dois de faire la part des choses. Les jambes de Marlène ou d'Helena Cristensen seront pour une autre.
Je noue mes lacets en renonçant à m'exhiber en guêpière, genre Ange Bleu.
J'espére juste avoir moins de courbatures que la dernière fois. Voeu somme toute raisonnable.
Je sors de chez moi dans un accoutrement improbable. Il fait très frais.
Mes poumons redessinent leurs contours. Mon haleine fait des voiles de buées.
Je me réveille totalement.
Je mets la musique à fond sur mon "baladeur". Un mélange iconoclaste de rock, de tango, de flamenco, de soul et de funk... il est heureux que je sois la seule à en profiter...
Je traverse l'avenue entre les mères de famille qui vont au marché, caddy à la main et nez un peu rougi, et quelques mal (mâles) rasés de tous âges qui, sous prétexte d'aller chercher les croissants, s'échappent eux aussi du domicile dit familial.
Ma direction: le jardin des plantes.
Me réveiller de bonne heure, et un dimanche matin de surcroît, a pour moi les mêmes effets que rentrer à l'aube en semaine, juste avant d'attaquer une journée de travail: un effet euphorisant. Quelque soit la fatigue, laisser de la place au sentiment assez magique de voler la vedette à la routine. Gagner du temps sur l'inutile. J'accepte sans broncher l'obligation, facile à assumer, de devoir en profiter, d'en goûter chacune des secondes.
Un vrai luxe.
Certe, pas le "luxe" d'avoir les yeux cernés, la joue molle et le teint frippé (ce que me renvoit chaque vitrine croisée sur mon parcours).
Mais, celui d'avoir la conscience d'être très privilégiée, de pouvoir savourer ce "temps en plus", sans contrainte, par plaisir.
Par plaisir... vite dit.
Je suis au jardin des plantes, à marcher avec ces baskets improbables.
Des engins high-tech, qui coûtent un bras, et ont la particularité de donner le sentiment de marcher sur des sandales japonaises. Des coussinets à la base des orteils déséquilibrent la marche. Du coup, pour ne pas tomber en avant, comme une loque, on ne roule pas totalement son pied en marchant. On s'arrête avant. On force sur le mollet, les cuisses et les fesses.
La journée est morne et s'étire difficilement vers minuit.
Pourtant, il y a quelques heures...
Un réveil finalement matinal après une soirée d'amitié pure, assez tardive. Au réveil, teint pas très frais. Cheveux vite attachés. Tirer fort sur l'élastic pour défripper les traits.
Juste un peu d'eau sur le visage et un voile de crème, histoire de sourire sans risquer se déchirer la peau. Superposer des couches de vêtements.
L'élégance parisienne sera pour demain... ou après-demain!
Nouer les lacets de ces baskets réputées transformer les jambes des quadra, même assez tapées, en guibolles de rêves réhaussées de fessiers superbes. Bon. Ce n'est pas la cata totale, mais je me dois de faire la part des choses. Les jambes de Marlène ou d'Helena Cristensen seront pour une autre.
Je noue mes lacets en renonçant à m'exhiber en guêpière, genre Ange Bleu.
J'espére juste avoir moins de courbatures que la dernière fois. Voeu somme toute raisonnable.
Je sors de chez moi dans un accoutrement improbable. Il fait très frais.
Mes poumons redessinent leurs contours. Mon haleine fait des voiles de buées.
Je me réveille totalement.
Je mets la musique à fond sur mon "baladeur". Un mélange iconoclaste de rock, de tango, de flamenco, de soul et de funk... il est heureux que je sois la seule à en profiter...
Je traverse l'avenue entre les mères de famille qui vont au marché, caddy à la main et nez un peu rougi, et quelques mal (mâles) rasés de tous âges qui, sous prétexte d'aller chercher les croissants, s'échappent eux aussi du domicile dit familial.
Ma direction: le jardin des plantes.
Me réveiller de bonne heure, et un dimanche matin de surcroît, a pour moi les mêmes effets que rentrer à l'aube en semaine, juste avant d'attaquer une journée de travail: un effet euphorisant. Quelque soit la fatigue, laisser de la place au sentiment assez magique de voler la vedette à la routine. Gagner du temps sur l'inutile. J'accepte sans broncher l'obligation, facile à assumer, de devoir en profiter, d'en goûter chacune des secondes.
Un vrai luxe.
Certe, pas le "luxe" d'avoir les yeux cernés, la joue molle et le teint frippé (ce que me renvoit chaque vitrine croisée sur mon parcours).
Mais, celui d'avoir la conscience d'être très privilégiée, de pouvoir savourer ce "temps en plus", sans contrainte, par plaisir.
Par plaisir... vite dit.
Je suis au jardin des plantes, à marcher avec ces baskets improbables.
Des engins high-tech, qui coûtent un bras, et ont la particularité de donner le sentiment de marcher sur des sandales japonaises. Des coussinets à la base des orteils déséquilibrent la marche. Du coup, pour ne pas tomber en avant, comme une loque, on ne roule pas totalement son pied en marchant. On s'arrête avant. On force sur le mollet, les cuisses et les fesses.
La suite est que:
première option - si vous êtes top modèle, vous prenez un billet de 100.000 et quelques en posant nue avec ces baskets pour une pub, ou
deuxième possibilité- si vous n'êtes que vous... vous avez des courbatures, une nouvelle paire de chaussures à caser dans le placard et 90 euros en moins.
Je ne suis pas top modèle et mon placard déborde de paires de chaussures plus ou moins étonnantes.
Presque 2 heures à marcher au jardin des plantes au rythme de ma play-list un brin déjantée.
La marche n'est pas très "courue" de ce côté-ci de l'atlantique. J'avoue également que le jardin des plantes a très peu à voir avec central park.
Donc, je me distingue au milieu des joggers aux foulées plus ou moins aériennes, aux bras plus ou moins ballants, aux tenues plus ou moins moulantes, mais assez systématiquement très peu flatteuses.
Le jardin, lui, est superbe.
En marchant, je peux profiter de chaque nuance, de chaque mouvement alentours.
Mon souffle n'est pas court. Je ne suis pas totalement centrée sur mon effort.
Je contracte mes abdos, le dos, et je maîtrise la position de mes côtes.
Je marche sans poids, mon point de gravité presque en apesanteur au fur et à mesure des foulées. Hormis cette concentration de posture, pour le reste, mon attention est totale.
Des enfants chamboulent les feuilles mortes à terre, à grands coups de traînements de pieds.
Des joggers "mâles urbains" essaient de garder un air "I'm so sexy with some effort", sans y réussir totalement. Des jeunes femmes convoquent à chacune de leurs foulées les foudres jalouses et vachardes de leurs contemporaines moins sveltes et légères. D'autres, les pieds lourds et la fesse arythmique, ne font que conforter, à chacun de leur pas, les fans de ce cher Winston, dont je suis... et me voici à expirer en les croisant des "no sport" embués mais puissants de conviction!
Ces 2 heures de marche matinale me font finalement un bien fou.
Je marche, je me gèle, je me moque, je me régale de la contemplation de ce jardin des plantes, si peu désuet finalement, et, je me courbature avec un plaisir avoué.
Puis, je rentre.
Je passe par le marché.
première option - si vous êtes top modèle, vous prenez un billet de 100.000 et quelques en posant nue avec ces baskets pour une pub, ou
deuxième possibilité- si vous n'êtes que vous... vous avez des courbatures, une nouvelle paire de chaussures à caser dans le placard et 90 euros en moins.
Je ne suis pas top modèle et mon placard déborde de paires de chaussures plus ou moins étonnantes.
Presque 2 heures à marcher au jardin des plantes au rythme de ma play-list un brin déjantée.
La marche n'est pas très "courue" de ce côté-ci de l'atlantique. J'avoue également que le jardin des plantes a très peu à voir avec central park.
Donc, je me distingue au milieu des joggers aux foulées plus ou moins aériennes, aux bras plus ou moins ballants, aux tenues plus ou moins moulantes, mais assez systématiquement très peu flatteuses.
Le jardin, lui, est superbe.
En marchant, je peux profiter de chaque nuance, de chaque mouvement alentours.
Mon souffle n'est pas court. Je ne suis pas totalement centrée sur mon effort.
Je contracte mes abdos, le dos, et je maîtrise la position de mes côtes.
Je marche sans poids, mon point de gravité presque en apesanteur au fur et à mesure des foulées. Hormis cette concentration de posture, pour le reste, mon attention est totale.
Des enfants chamboulent les feuilles mortes à terre, à grands coups de traînements de pieds.
Des joggers "mâles urbains" essaient de garder un air "I'm so sexy with some effort", sans y réussir totalement. Des jeunes femmes convoquent à chacune de leurs foulées les foudres jalouses et vachardes de leurs contemporaines moins sveltes et légères. D'autres, les pieds lourds et la fesse arythmique, ne font que conforter, à chacun de leur pas, les fans de ce cher Winston, dont je suis... et me voici à expirer en les croisant des "no sport" embués mais puissants de conviction!
Ces 2 heures de marche matinale me font finalement un bien fou.
Je marche, je me gèle, je me moque, je me régale de la contemplation de ce jardin des plantes, si peu désuet finalement, et, je me courbature avec un plaisir avoué.
Puis, je rentre.
Je passe par le marché.
Quelques fruits et légumes.
Un saut chez le fromager.
Faire un crochet chez le caviste. Quelques nectars et autres bouteilles. Il me met en boite avec mon côté sportive du dimanche. Il a ma bénédiction et mon appui. J'en rajoute. Je suis assez réveillée et lucide pour me ficher de moi... la journée s'annonce prometteuse.
Retour à la maison.
Je tente d'éviter les voisins en rentrant. Inévitablement, sans succès. Et je supporte leurs regards narquois et sceptiques...
Je rentre dans ma grotte.
Midi.
Il est l'heure à laquelle je me levais il y a encore quelques temps, à laquelle je me lève parfois, moins souvent...
La journée déploie toutes ses promesses et je suis en éveil.
Je profite.
Dans 2 jours je pars loin. Au soleil.
Face à un océan qui, pour une fois, n'est pas l'atlantique.
Quasi deux semaines off.
Je laisse en pension, aux parisiens, le jardin du Luxembourg, le Palais royal et la terrasse du Nemours, le jardin des plantes, ses massifs, ses allées et ses verrières, la lumière rasante d'automne.
Je laisse le marché et ses maraîchers.
Je confie mon caviste, sa gouaille et ses vins plus ou moins souples, goûteux, fruités, etc.
Moi, je retrouverai tout cela plus tard.
Je serai alors plus calme. L'horizon sera plus loin dans mon regard. Mes gestes plus souples.
Enfin reposée.
Enfin, je l'espère.
Et alors, je serai forcément heureuse de retrouver tout ce que j'avoue laisser.
Et je retrouverai tout le reste, aussi, et ce que je tais.
Ce sera l'hiver.
Un saut chez le fromager.
Faire un crochet chez le caviste. Quelques nectars et autres bouteilles. Il me met en boite avec mon côté sportive du dimanche. Il a ma bénédiction et mon appui. J'en rajoute. Je suis assez réveillée et lucide pour me ficher de moi... la journée s'annonce prometteuse.
Retour à la maison.
Je tente d'éviter les voisins en rentrant. Inévitablement, sans succès. Et je supporte leurs regards narquois et sceptiques...
Je rentre dans ma grotte.
Midi.
Il est l'heure à laquelle je me levais il y a encore quelques temps, à laquelle je me lève parfois, moins souvent...
La journée déploie toutes ses promesses et je suis en éveil.
Je profite.
Dans 2 jours je pars loin. Au soleil.
Face à un océan qui, pour une fois, n'est pas l'atlantique.
Quasi deux semaines off.
Je laisse en pension, aux parisiens, le jardin du Luxembourg, le Palais royal et la terrasse du Nemours, le jardin des plantes, ses massifs, ses allées et ses verrières, la lumière rasante d'automne.
Je laisse le marché et ses maraîchers.
Je confie mon caviste, sa gouaille et ses vins plus ou moins souples, goûteux, fruités, etc.
Moi, je retrouverai tout cela plus tard.
Je serai alors plus calme. L'horizon sera plus loin dans mon regard. Mes gestes plus souples.
Enfin reposée.
Enfin, je l'espère.
Et alors, je serai forcément heureuse de retrouver tout ce que j'avoue laisser.
Et je retrouverai tout le reste, aussi, et ce que je tais.
Ce sera l'hiver.
Il fera vraiment froid. Les journées seront plus courtes. Noel s'annoncera, et je ferai comme si cela ne me minait pas.
Pour le moment, juste le jour qui suit.
Pour le moment, juste le jour qui suit.
Carpe Diem et protection solaire.
Dans la nuit, la veille du départ, je ferai la valise. Retrouver les maillots de bain. Ajouter quelques accessoires.
Croiser les doigts pour que les avions décollent et que je puisse accéder à l'aéroport.
Puis arriver après 12 heures de vol.
Profiter de la limpidité de l'eau, de l'air.
Profiter de chaque bout de soleil sur les épaules, sur le front, sur le dos.
Nager. Plonger. Plonger. Re plonger. Sombrer dans un sommeil, même intermittent.
Switch off.
Et revenir.
Alors, la peau gardant encore le toucher du soleil, remettre cet accoutrement improbable, ces baskets high tech, prendre le chemin du jardin des plantes.
Marcher très concentrée.
Alors...
Dans la nuit, la veille du départ, je ferai la valise. Retrouver les maillots de bain. Ajouter quelques accessoires.
Croiser les doigts pour que les avions décollent et que je puisse accéder à l'aéroport.
Puis arriver après 12 heures de vol.
Profiter de la limpidité de l'eau, de l'air.
Profiter de chaque bout de soleil sur les épaules, sur le front, sur le dos.
Nager. Plonger. Plonger. Re plonger. Sombrer dans un sommeil, même intermittent.
Switch off.
Et revenir.
Alors, la peau gardant encore le toucher du soleil, remettre cet accoutrement improbable, ces baskets high tech, prendre le chemin du jardin des plantes.
Marcher très concentrée.
Alors...
Alors, je m'arrêterai, certainement, un drôle de sourire aux lèvres, dans la buée de mon haleine. Alors je m'arrêterai, certainement, devant le carroussel, le "Dodo Manège". Devant ses Dodos, ses éléphants. Il n'y aura plus de feuilles mortes à chambouler en courant.
Et je reprendrai ma marche. Incongrue au milieu des joggers.
Et je retournerai me faire vanner par mon caviste, acheter des fruits, et attendre qu'un autre dimanche se termine dans mon canapé, au creux d'une autre fin de semaine.
Et je reprendrai ma marche. Incongrue au milieu des joggers.
Et je retournerai me faire vanner par mon caviste, acheter des fruits, et attendre qu'un autre dimanche se termine dans mon canapé, au creux d'une autre fin de semaine.
Mais alors, j'attendrai qu'un autre dimanche se termine dans mon canapé, au creux d'une autre fin de semaine... mais, alors, j'attendrai en débronzant doucement, le plus doucement possible.
dimanche 19 septembre 2010
la louve aphone et l'ours qui dansait

C'est une fable, sans morale, une histoire décalée, une sorte de conte.
L'histoire d'une louve.
Sous ses mamelles ni Romilus, ni Remus. Juste des souvenirs choisis, et aussi des envies d'ailleurs, sans discernement, vagabondes. Deux des sources qui nourrissent l'énergie vitale. De celle qui fonde les mondes les plus discrets. De celle qui fait les rêves et illumine le jour au delà de la lumière. Une louve muette qui fredonne dans son souffle.
C'est une fable, sans morale, une histoire décalée, une sorte de conte.
L'histoire d'un ours.
Sous ses griffes plus de trace des chairs écharpées. Sous ses crocs pas de peine à vif. Un ours qui glisse au seuil de l'hibernation. Il y entre ou en sort. Ce n'est pas l'objet. Il est riche des réserves presque intactes de ses étés. Riche de ce qu'il en a préservé. Les orages de chaleur ont laissé leurs zébrures inscrites.
C'est un ours qui savait danser sur un fil. Un ours qui reste en boule. Sous un ciel zébré. Couvant ses étés. Ménageant son éveil.
C'est une louve qui nourrit la source, pour d'autres aussi. Une louve qui voudrait parfois pouvoir hurler des airs légers, célestes. Frôler la lune du plat de sa voix, comme une main renforcerait un dos dans une caresse.
L'ours a gardé pour lui la légereté des danseurs de fil, qui défient tous les risques. Il ne partage que son miel. L'ours a ses ancrages.
La louve a gardé pour elle sa lumière, qui transforme la banalité. Elle ne partage que le souffle de ses operas. La louve couve ses inconvenances.
Personne n'a su.
Personne ne peut l'expliquer.
Qui s'en serait soucié.
Qui s'en soucie vraiment.
Mais on raconte que certains ont vu une louve danser sur un fil.
On raconte que certains ont entendu chanter un ours noyé dans la lumière.
On dit que d'autres encore, avec des traces de miel sur les lèvres, ont entendu chanter leurs étés enfouis, et ont dansé sur des rayons célestes, comme des notes légères sur des portées en clef de sol, en clef de fa, en clefs des chants.
C'est une fable, sans morale, une histoire décalée, une sorte de conte.
Une manière de renouer avec ces échanges étranges.
Un courant d'air.
Un rai de lune.
Un signe.
Heureuse de vous retrouver au détour des fables, des histoires et des mots.
Que faire d'attendre que la lune soit pleine pour danser sur les fils, que faire d'attendre que la partition soit écrite pour chanter.
mercredi 14 juillet 2010
le goût de l'eau

Que dire de ces jours qui se succèdent.
Un jour soleil éclatant et chaleur enveloppante, un jour moiteur poisseuse et assommante, un jour déluge et ciel sombre, un jour orages et tonnerres, un jour atone qui s'achève sur une splendide lumière rasante.
Si ce n'est leur succession erratique, ces jours n'ont aucune nouveauté. Nous les connaissons tous, et si nous ne les avons pas encore expérimentés, on les devine. On sait imaginer leurs frayeurs, leurs peurs, leurs joies.
Du déjà appréhendé. Juste le menu qui est cul par dessus tête. Juste nous, en convives avides de maîtrise, et plus uniquement juste avides.
Et au milieu de cela, il y a des jours inédits.
Et au milieu de cela, il y a des jours inédits.
Des moments sidérants.
On renoue avec un sentiment de liberté qui ne correspond à aucune volonté d'échapper. Une liberté pure: savourer des moments neufs.
On se retrouve étonné soi-même d'avoir laissé la place à des moments qui ne se définissent ni en référence, ni par défaut.
On se retrouve étourdi, presque abasourdi d'avoir laissé l'inattendu prendre place.
On se retrouve étourdi, presque abasourdi d'avoir laissé l'inattendu prendre place.
Déstabilisé.
A cent lieues des calculs et volontés, à cent lieues des mises en scène aussi plaisantes qu'elles soient (et soie).
On se retrouve faire face à des moments d'exception comme celui de retrouver le goût de l'eau.
On se retrouve faire face à des moments d'exception comme celui de retrouver le goût de l'eau.
Se retrouver surpris.
Un goût qui cascade et navigue, des papilles qu'elle a noyées, du dessous de la langue sur laquelle elle roule, de l'intérieur des joues qu'elle habille. Un goût qui irradie dans l'ensemble du corps, et l'esprit. Une certaine fraîcheur, du calme, une énergie sidérante.
Retrouver le goût de l'eau.
Ce serait comme retrouver les rires spontanés, les regards clairs.
Ce serait comme échapper à nos intuitions, à nos raisonnements, à ce que l'on sait déjà devoir attendre ou craindre, ce que l'on espère. Ce serait comme ne plus rien savoir.
Ce serait comme échapper à nos intuitions, à nos raisonnements, à ce que l'on sait déjà devoir attendre ou craindre, ce que l'on espère. Ce serait comme ne plus rien savoir.
Le goût de l'eau.
Un goût étranger à nos sphères habituelles, raisonnées ou instinctives, raffinées ou primales, solitaires ou collectives, communes ou transgressives.
Un goût étranger à nos sphères habituelles, raisonnées ou instinctives, raffinées ou primales, solitaires ou collectives, communes ou transgressives.
On peut dire que l'eau n'a pas de goût. Qu'il n'y a pas plus commun. Que l'on en boit tous les jours.
On peut réfléchir... trop.
Se dire que l'on ne peut pas oublier un goût qui n'en a pas, donc on ne peut pas le retrouver.
On peut trouver mille autres goûts plus raffinés, plus subtiles: celui du vin, des fruits rouges, celui des épices, celui des larmes, celui du sang, celui des échanges emmêlés, celui du miel, celui du pain et des olives noires, celui du sel qui craque.
On peut trouver mille façons de disserter.
Et puis, quand on ne l'attend pas, l'eau éclate en bouche, se disperse en éclats.
On reprend un B, A, BA.
On tremble sur ses jambes, on revisite des chemins mille fois dévalés.
Et on se retrouve surpris. Fourbu. Une lumière au creux du poing. Une trace de peau sous les doigts.
Et on se tait.
Et revient et s'impose une photo de Willy Ronis.
Dans un mas délabré, en provence. Un après-midi de torpeur.
En passant devant la chambre, il aperçoit sa femme qui se rafraîchit après la sieste. Un broc d'eau tiède mais plus fraîche que l'air qui stagne et s'étend en étole sur ses épaules, couvre ses hanches.
Aucune impudeur dans cette nudité offerte.
Il la redécouvre dans cet instant. Il retrouve sa spontanéité, son oeil clair. Et il capte chaque sursaut sur son épiderme, chaque frisson érectile, chaque repli emprisonnant la sueur, toutes ses odeurs, du sel au sucre. Il impressionne la pellicule avec une émotion furtive.
J'aime énormément cette photographie et son histoire.
J'aime encore plus la comprendre mieux maintenant.
Et je me tais.
lundi 5 juillet 2010
léthargie en ut majeur

Dimanche, toujours pas sommeil. Il fait chaud.
Des vagues moites succèdent aux rares courants d'air. Le temps est à l'orage.
Pourtant, toutes les fenêtres sont ouvertes. Les portes sont bloquées par des cales pour m'éviter de sursauter. Un bouquet d'Arum noirs et de freesia blancs sur la table basse, un autre de feuillages, cassis, buis et philodendron sur la cheminée, et un petit avec juste un arum et un freesia à côté, voici les seules touches de fraîcheurs dans l'appartement.
Je me dissous dans cette moiteur.
Est-il raisonnable de prendre une troisième douche?
Je me contente d'eau froide sur les poignets et sur les pieds.
Paris serait parfaite avec des alysées. Mais la Seine manque de sel, les platanes de noix, le ciel d'Ortolans, les ballons des zincs de lime, et les au revoir parisiens de "à la grace de dieu".
Donnez moi un hamac et un peu de vent, et je dors ... ou me réveille complètement!
J'hésite à sortir faire un tour dans les rues.
Il doit faire meilleur dehors.
1 heure passée. Ce ne serait pas raisonnable. Mais il faudrait surtout que je remette mes chaussures, un autre Tshirt , un coup de peigne dans le nimportenawak qui choucroute sur mon minois miné.
Je renonce.
Alors je reste là, fenêtres ouvertes, de vagues feuilletons américains en fonds sonore et unique source lumineuse avec l'écran du portable.
Ces soirs d'été sont étonnants.
Les immeubles parisiens, fenêtres béantes ou entre ouvertes, reprennent un peu d'humanité.
Un peu trop.
Une table qui se débarasse, des bruits d'assiettes qui s'entre choquent, des conversations qui s'animent et meurent, des enfants qui pleurent, des musiques qui se superposent, des amis qui se quittent, des couples qui se retrouvent et s'oublient... et oublient que les fenêtres sont ouvertes.
Il semble que la chaleur ait un effet détonnant sur les cordes vocales de l'amante épisodique du ténébreux du 2e droite.
Cela fait plusieurs fois que j'hésite à leur laisser une bouteille de champagne sur leur paillasson, pour honorer le dieu des décibels orgasmiques, et calmer mes réveils en sursauts au hurlement marquant la première joute de ce cher voisin.
Voici de ces surprises des étés et des fenêtres ouvertes.
On se dit à peine bonjour quand on se croise dans le hell, mais on partage nos ébats, la bande sonore tout au moins.
(nb: je garde la faute de frappe du hall - pour ce joli lapsus remarqué par EL)
On se dit à peine bonjour quand on se croise dans le hell, mais on partage nos ébats, la bande sonore tout au moins.
(nb: je garde la faute de frappe du hall - pour ce joli lapsus remarqué par EL)
Pour autant, cela ne me le rend pas plus sympathique le grand ténébreux du 2e droite.
Il ne faudrait pas que par sa faute je sois insomniaque confirmée et en plus très indiscrète!
Demain va être une longue journée.
Je promets mon regard le plus noir au premier (ou première) qui fera une remarque sur l'ombre de mes cernes, mes baillements étouffés, mon manque de peps.
Et demain est justement une journée à qui je dois d'être vive, alerte et aiguisée!
L'avantage quand on n'a pas le choix, c'est que l'on économise l'énergie des prises de tête, tergiversations, et autres cogitations solitaires et stériles.
Donc demain je dois et je serai vive, alerte et aiguisée.It's time to sleep,
it's time to slip, to tomorrow
perhaps !
Alors je repense au film quand Harry rencontre Sally. Je repense à mes déjeuners hivernaux chez Katz (silencieux).
Je me souviens de la tête de Meg Ryan sans silicone ni botox.
Je pense à tout cela et espère que mon voisin ne pense à rien, juste à dormir, et préserver ses tympans d'un destin funeste que je lui prédis très proche.
J'enfile un Tshirt, un jean et des ballerines.
Je sors prendre l'air, attraper un coup de lune, entrer dans demain.
Et au retour, certainement je dormirai.
See You!
dimanche 27 juin 2010
L'instant juste
Dimanche, fin de journée.
La chaleur est présente, enfin. A peine quelques traits de vent qui se faufilent.
La soirée promet une nuit pesante. Mais la nuit est encore loin.
Je remets en place mes moments de ces deux derniers jours.
Le week-end a commencé vendredi soir avec Cyrano, à la comédie française. Après Ubu Roi la semaine dernière, j'apprécie à nouveau cette jubilation de troupe, ce soin dans la mise en scène, le temps consacré aux détails, les jeux jusque dans les mouvements des mains, la souplesse des poignets perceptible du dernier balcon. Les chants également. La tradition des théâtres, des divertissements. Une institution vénérable, qui arrive tout de même à faire des pieds de nez malgré l'amidon des pourpoints.
Une soirée de péninsule, de pic.
Une soirée d'excès et de retenues. Les cadets de gascogne, les théâtreux grimés à l'outrage, l'opportunisme de Christian, l'exigeance égotiste de Roxanne, le renoncement frondeur et magistral de Cyrano, et l'ignorance de tous, nonnes, amis, guerriers de noblesse, maître queue cocu.
Une soirée splendide qui se continue au café de Nemours, comme elle y avait débuté d'ailleurs. Comme j'aime à m'y attarder. Le temps est maintenant aux discussions. La nuit est douce, à peine entamée. Balade pour rentrer.
Paris est un peu moite, splendide, enfin estivale.
Je fais don de la matinée de samedi à mon sommeil en retard.
La journée m'offre encore de beaux moments, de menus plaisirs. Préparer des cadeaux. Prendre l'air. Prendre aussi quelques photos. Etirer le temps, le révéler, s'y exposer. Un dîner entre amies. La terrasse éphémère devant le théâtre de l'Odéon.
Il fait vraiment chaud.
Les nuits sont plus longues que le sommeil. Mes sorties tardives n'y changent rien.
La fraîcheur et l'insomnie sont deux vieilles ennemies qui s'évitent. Quand la fraîcheur est là l'insomnie s'échappe. Quand la fraîcheur est absente, par contre, l'insomnie prend ses aises. Ce samedi, l'insomnie se pavane et se vautre, s'impose sans être invitée.
Dimanche.
Mouffetard a ses airs de galas, de ceux vantés par tous les tour-operators qui nous déversent leurs cars de touristes: "un marché typique, des musiciens, des danseurs qui valsent, javatent, tangotent, le tout tellement photogénique, qui vous laissera des souvenirs exceptionnels, authentiques... et tout le blabla baratineur qui allèche le touriste, émeut le photographe occasionnel et séduit les couples de touristes en mal de moments "so nice" immortalisables dans la plus romantique ville du monde... et ce, même ntre deux étales de poissons, une pyramide de poivrons et une bleuglante qui entonne "la vie en rose" avec une conviction qui n'arrive pas à gommer ses fausses notes.
Je me faufile.
Quelques courses.
La matinée est à peine amorcée. Il fait déjà lourd.
J'ai rendez-vous vers 13 heures.
Je me hâte pour rester décemment en retard.
J'y arrive tout juste.
L'anniversaire d'un ami magnifique. Autour de lui, de belles personnes.
Un déjeuner et un après-midi de ceux qui arrètent le temps, et laissent suspendus sur les lèvres les sourires qu'ils y ont fait naître.
J'ai de la chance. Je ne m'habitue pas.
Retour at home à l'heure où la lumière est rasante.
Je fais le tri de quelques photos en visionnant du coin de l'oeil un DVD. Peau d'Ane. Un achat spontané fait sur un sourire, un brin nostalgique. Le film a gardé toute sa magie. La fée des Lilas toute sa féminité. Deneuve sa beauté et sa photogénie évidente. Seyrig son intelligence et son charme modulé. Ce casting est superbe. Les subtilités de Demy restent intactes. Aucune mièvrerie. Un soupçon de kitch pour ajouter à l'illusion, pour éviter un réalisme banal qui limiterait l'imagination.
La délicatesse, la poésie, l'humour sont autant d'attentions. Aucune lourdeur dans ces invitations.
Je laisse de côté mes photos à trier.
J'ajuste le coussin sous ma nuque. M'allonge sur le cuir encore frais du canapé. Je me laisse embarquer par le film.
Une parenthèse s'ouvre. Se referme sur le générique de fin. Je me re-trouve posée sur le canapé, reposée, re-posée. J'étais loin.
L'ordinateur est en veille. Le tri des photos en plan.
"Enter".
Une photo reprend le plein écran.
Une série récente sur un bouquet de pivoines. Série faite un soir de cette semaine, quand, rentrant tardivement ce bouquet m'a arrêté. Ce devait être mercredi, certanement, après le début de cette vague de châleur.
Les pivoines étaient toutes à maturité.
A ce moment précis, ce moment juste avant de se disloquer. Epanouies au point ultime. Les pétales maintenant immenses encore splendides de fermeté, toujours délicates, de ces coloris si intenses au coeur s'évaporant en transparence à leurs bords, fragiles maintenant au point qu'un tremblement les fait tomber.
Je suis restée un moment à contempler ce bouquet, à apprécier ce moment précis. Cet annoncement de la fin.
J'ai tourné autour en prenant soin de ne pas troubler l'air, de ne pas heurter la table.
J'ai attrapé mon appareil, prudemment. Tenter de capturer cet instant. Attendre.
Puis, j'ai cessé d'attendre pour ne pas avoir à retrouver demain matin un tapis de pétales qui se serait étendu à la faveur de mon sommeil.
Alors, doucement... Comme on souffle sur des fleurs de pissenlits ou comme on déchire des lettres, j'ai donné un petit coup sur la table. Puis un autre. Et encore. Regardant les pétales tomber. Laissant le bouquet disparaître au rythme de ces petits tremblements.
La réalité est souvent plus présente quand on en force la fin.
Une nouvelle fois, aux détours de ces pétales, ce passage d'Alice qui s'invite dans mon esprit. Un passage qui me fascine de justesse: "et elle essaya d'imaginer à quoi ressemble la flamme d'une bougie une fois que la bougie est éteinte".
Les paraboles sont infinies, ces bougies sont innombrables, aussi personnelles que les imaginations qui les portent, que les souffles qui les mouchent.
Alors... de la fenêtre, un trait de vent presque frais... enfin !
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