lundi 24 mai 2010

coup de soleil


Lundi, pentecôte, solidarité ...
Trêve de blabla,
je me contenterai d'une journée de chaleur et de soleil. La seconde de suite. Effet de ricochet incroyable volé à ces derniers jours un peu trop automnaux.
Presque minuit ce lundi, et j'ai cette impression si particulière que la journée garde ses dards.
Un coup de soleil.
Le premier de cette année.
Un peu de la journée qui empiète sur le soir. Le soleil qui reste à fleur de peau. Le sang qui ne songe pas à dormir.
La peau à vif.
Cette petite douleur si bien portée, de circonstance.
Du plaisir à cette petite douleur? Y pensez-vous? Ce serait un peu moins "de mise", un peu moins correct, indeed.
Hier déjà le soleil m'avait mordillé un peu le cou. Une rougeur à peine sensible.
Tout juste un agacement sans autre sensation que celle de garder l'empreinte blanche de mes doigts sur ma peau. Empreinte vite estompée.

Ce soir je garde sur le cou et l'épaule un peu plus de cette journée.
Des flèches sous la peau. J'ai pris un coup de chaud.
Je n'avais pas envie de dormir tôt, c'est une aubaine!
J'entretiens presque "inconsciemment" cette sensation de brûlure.
Un prétexte de plus, tout trouvé, pour laisser cette soirée s'étioler jusqu'aux extremes. Pousser le temps, prendre le temps de conclure ce long week-end.
Cette soirée clôt un après-midi en partie passé à lire sur les pelouses, bien entendu interdites, du jardin de l'école polytechnique.
Un jardin confidentiel. Caché, ou presque.
Ma lecture?
Un livre de poche que j'ai lu en un peu plus d'une heure. "L'open space m'a tuer". Une récolte de ma virée à la librairie Eyrolles samedi.
Drôle de bouquin, surtout effrayant. Je pourrais me reconnaître à chaque page. Vraiment. Flippant comme dirait mister V!
En complément de cette lecture facile, Le monde du Week End, et un autre ouvrage, Le prince de Machiavel. Une nouvelle relecture. Encore, et encore.
Allongée sur ces pelouses prohibées, les pieds à l'air, les lunettes installées sur le nez.
Il fait chaud.
Le BlackBerry vibre de temps en temps. Je l'ignore.
La peau se tend, se lifte sous l'effet de la sueur qui s'évapore. Un goût salé, assez particulier, supplante les dernières traces de mon parfum.
Qu'il est bon d'être terrassée de chaleur et de lumière.
Je suis presque enivrée.
Je change de positions.
Les pieds à plat sur cette pelouse si bien entretenue, drue et dure. Les lunettes maintenant posées sur mon ventre. Mon livre laissé de côté. les bras étendus au dessus de ma tête. Allongée sur le dos, tout du long.
J'écoute.
Un couple, un homme, une femme, la trentaine, ils sont amis. Ils parlent à côté, des platitudes, gentillettes, agréables. Barbantes. Je les regarde à travers mes cils qui ont du mal à affronter la lumière, encore plus que leur banalité. Ils sont charmants, de bon "commerce". Ils boivent une bière. Elle est forcément tiède. Faute de goût que je ne leur pardonne pas. Je les zappe.
Plus loin, des gamins qui jouent au foot.
Ils ont deux ballons. Je ne les vois pas. Juste leurs voix pour me guider. Ils sont nombreux, mais il n'y a finalement que deux voix qui sortent du lot; 1 leader par ballon. Je me force à garder les yeux fermés.
Ces gamins sont drôles, gouailleurs.
Des traits de lumière frais, vibrants, qui ressortent dans cette clarté pesante et blanche de milieu d'après-midi.
Je les écoute. Je somnole un peu certainement.
Plus tard, une fillette en maillot de bain qui saute à pieds joints dans les flaques de la fontaine presque asséchée. Elle est amusante. Amusante et seule. Seule à chercher des jeux, des idioties, seule à en rire. Mais elle ne rit pas. Elle saute juste à pieds joints dans les flaques, et tourne autour de ce bassin, sans fin, sans autre envie que celle de dépenser de l'énergie.
Moi, je suis assommée de chaleur et de fatigue aussi. Il faudrait que je me repose.
Je redescends vers chez moi, traversant des groupes et des groupes de touristes qui engorgent la rue Mouffetard.
Je passe par le supermarché faire le plein de softs et de glaces. Je retrouve mes pénates. Fraîches. Accueillantes.
Home sweet home
Une douche plus tard.
Il est là. Il se réveille.
Là pour plusieurs jours.
Mieux qu'un singe sur mon dos, plus lourd qu'un papillon sur mon épaule.
Il est là qui s'est invité à m'accompagner la semaine prochaine à Edinburgh à regarder les mollets des garçons, juste là, sous l'ourlet de leur kilt, à parfaire sa connaissance en gestion financère.
Il est là qui se tortille et qui vibre.
Il est là.
C'est mon premier coup de soleil de l'année.
Une morsure bienveillante, très peu esthétique.
Alors que j'écris ce billet. La peau reste fragile.
Je suis d'un oeil au téléviseur, un reportage sur Dennis Hopper. Un esthète, extremiste, affleurant, inassouvi.
J'ai cru entendre il y a peu qu'il était malade. Mourant. Cette émission est peut être programmée du fait de son décès.
Ma peau est un peu calmée, mes yeux brûlent maintenant.

Les soleils sont si rares, que leurs traces en sont précieuses, toujours.

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