Débats ré-ouverts en Espagne sur le "droit" à l'avortement, des manifs qui pointent en France...
"Droit" à l'avortement. Droit entre guillemets car le raccourci est trompeur. Il ne s'agit pas d'avoir ou pas le droit d'avorter, mais d'avoir celui de le faire non clandestinement et sans être charcutées, oubliées, déniées.
Il n'est pas question de droit à, quand on est face à une obligation, une contrainte.
Le vocabulaire est trompeur et laisse une place indécente aux interprétations: "interruption "volontaire", "passeurs", faiseurs "d'anges", etc etc… L'opprobre publique a sa place, sans gêne, quand on oublie les hémorragies, les cicatrices, les stérilités créées, les dégoûts de soi.
Après un échange sur le sujet avec un correspondant masculin (est-ce vraiment la question du sexe ou de l'opinion qui compte?), je reste interdite …
on vous parle de l'enfant en oubliant l'embryon et le foetus… tout de suite l'enfant, le poupon, le gamin gambadant … l'effet cute kitten… culpabilise salope.
On vous confronte à des statistiques, globales et massifiantes, désincarnées, sans histoires (mais regardez les stats de l'ined détaillées et derrière les 220000 vous verrez des 2 + 14 + .. des ombres des histoires de chacune, de chaque couple, de chaque renoncement).
Rien sur les renoncements, les doutes, le désarroi solitaire, la peur de se tromper, l'indécence imposée d'avoir irrévocablement à décider, rapidement, car les délais sont fixes, légaux, irrémédiablement strictes. Rien sur le fait que l'on a à le faire seule même si on est accompagnée, soutenue, aidée.
Seules aux osculations, seules face aux questions aux absences de réponses, aux silences ou aux accusations à peine masquées. Seules aux opérations, aux réveils, pendant les nuis avant, les nuits après, les journées à croiser des vies qui elles se poursuivent. Seules, les femmes le sont, forcément. Aussi proches soient leurs compagnons, seules elles sont à sentir leur ventre, leur utérus, leurs seins qui se tendent, leurs hormones qui brouillent leurs ressentis, leurs contours, leur moral.
Est-il si difficile de comprendre ce que des femmes, ou jeunes femmes, ou très jeunes femmes ont à affronter de face, à confronter ou à tenter d'éviter? la compassion a-t-elle encore sa place quand le sentiment de spoliation prend corps dans les esprits mâles et/ou chrétiens?
Peut-on souhaiter à ces femmes d'avoir à se justifier, à se cacher, à se meurtrir entre des mains inexpérimentées, à ne pas réfléchir à leur avenir et aux autres possibles? peut-on leur dénier, par principe, toute réflexion?
Avorter n'est jamais un acte anodin, jamais banal. Il est de ces actes qui sont des renoncements profonds, des dénis de nos rêves, de nos projections "il était une fois.. donner sans retenue… s'accomplir.. etc etc etc". Combien de vrais désirs, même enfouis, même enfuis, combien de désirs non encore avoués doit-on abandonner quand on ne fait même que se poser la question de mener à terme une grossesse?
Et oui, bien sur, il y a un potentiel être qui est en question. Non seulement un être comme le rappelle les banderolles foetales et très imagées des pro-life. Non seulement potentiellement un futur enfant, mais aussi un avenir, mais aussi un futur à plusieurs, mais aussi des vies conjuguées de parents et d'enfant, de grand parents, de famille et de goûters d'enfants.
Renoncer à des futurs c'est la question de fond de la décision d'avorter. C'est sur ce renoncement que doivent se construire des vies de femmes, des vies de couples, des familles existantes ou à venir. C'est une question sociétale, philosophique et spirituelle.
Mais renoncer à donner aux femmes le droit de le faire dans des conditions décentes, humaines et respectueuses de leur intégrité, c'est une question inutile.
Légaliser l'avortement c'est avant tout permettre des actes médicalisés, non clandestins, suivis, avec une information et une communication claire et ouverte.
Questionnez vos mères, questionnez l'histoire, et ensuite prenez le temps de vous poser. Réfléchir en conscience et sur la cause de la décision, et ensuite sur son exécution, et surtout sur la compassion pour ceux et celles qui ont eu à décider et qui vont vivre avec, gardant cette griffe profonde à sa juste place, sans renoncer à tout, ni au respect, ni aux autres futurs.
Renoncer à un futur n'est pas renier la vie, ni lui manquer du respect qui la rend féconde et riche.
Renoncer à un futur oblige à en forcer d'autres, à affronter notre position précaire et inconfortable d'humain raisonnant et sociaux, à affronter nos images contraires.
C'est un respect et une tolérance de reconnaître le droit à exécuter ce renoncement sans autres hontes que celles que l'on ne se doit qu'à soi même.
lundi 20 janvier 2014
lundi 9 décembre 2013
noel bientôt
Mais au fait… comment commencer un conte, voir même un conte de Noël?
C'est de saison, soit, et même si personne n'en n'a plus rien à fiche des saisons, cela pourrait être vu comme un manque impardonnable de goût de louper l'introduction du conte de Noël, le fameux "il était une fois, etc etc etc".
Louper ce lancement cela revient à servir un bordeaux trop frais, à ne pas laisser une viande s'attendrir, à forcer la main pour une déclaration, à rester trop longtemps après que la fête soit finie,.
Bref… louper le lancement d'un conte, c'est peut-être une histoire de nuance, mais loupé, ça clash direct.
Plusieurs options restent pourtant offertes:
"Voici une histoire improbable qui aurait dû être triste mais est un véritable bonheur" … facile, dégoulinant et sucré.
"Voici l'histoire improbable qui n'aurait jamais dû arriver mais se produit néanmoins" … immensément romanesque, mais plan plan, moins de sucre mais pas de sel.
"Voici l'histoire improbable qui aurait pu être facile et gaie, mais qui a failli ne jamais avoir lieu, mais qui néanmoins arrive, banale, ni trop gaie, ni extra-ordinaire, mais juste gaie et extra-ordinaire, comme dans la vraie vie " … trop réaliste, vraiment banale, pas de quoi faire fondre un flocon, ça manque de … ça manque de conte …
Mais, c'est quoi au fait le conte de Noël?
Once upon a time…
Causer en english, ça fait son petit effet, mais cela n'éclaire pas plus…
Noël, Noël…
L'étoile du berger, la dinde aux marrons, la bûche et ses nains, les paquets en vrac de toutes les couleurs, pas assorties mais pourtant raccord.
Noël, le fantasme du miracle étincelant, ce fichu magic stick qui transforme et transfigure tout: le crapaud devient sexy man, la gourdasse se transforme en bombasse, l'inutile si évidemment inutile redevient indispensable, l'ado tout en maladresse et égocentrisme prend des teintes emphatiques et attentionnées… Mouais, mouais, maouis….
Noël et son miracle … C'est pas ça. Mais patience.
Ce n'est pas encore Noël… juste ses prémices… des avant goûts… des mises en bouches.
Moi, je n'aimais pas vraiment les Noëls Supercalifragilisticexpialidocious… quoique … est ce que je me l'avouerais à moi même?
…
Okay… bas les paravents, les faux semblants, les faux tout etc. J'avoue.
J'aime les Noël avec des sapins plein de guirlandes, des branches qui ploient sous les boules, des déco kitsch qui n'épargnent aucune porte d'entrée, aucune poignée, aucun pan de mur. J'aime les couronnes sur la porte, j'aime les noël qui ne rechignent sur aucun plats gras, aucune pâtes d'amande, aucun des desserts brillants de sucre, marbrés et croquants.
J'aime les Noël too much, trop caloriques, trop baveux de bises et d'accolades chaleureuses, trop téléphonés, trop de tout et surtout trop de de ce que l'on s'acharne à éviter.
J'aime les Noël avec une cheminée, avec des traces de pas faites dans la neige synthétique que l'on a consciencieusement réalisées entre adultes, un peu après minuit, après un peu trop de champagne, J'aime ce trop plein de souvenirs fabriqués, ce goût de déjà vu entretenu juste pour laisser la surprise aux enfants. J'aime les Noël avec des biscuits entamés par le père noël et ses lutins, des carottes grignotées par les rennes, des cadeaux laissés en désordre au pied du sapin, des verres de lait au miel laissés pour le vieil homme.
J'aime cette magie attendue, sans surprise, si ce n'est celle, toujours improbable, de perdurer.
J'aime que mes neveux et nièces jouent le jeu. J'aime qu'ils décident de ne pas nous entendre sortir les cadeaux à minuit. J'aime qu'ils viennent nous réveiller le 25 au matin pour que nous les voyions ouvrir et déballer des cadeaux qu'ils connaissent déjà mais qu'ils s'ingénient à découvrir.
C'est un jeu. Une magie entretenue pour rien… même pas les pour les plus jeunes… peut-être plus pour les plus âgés. Juste pour la magie du moment.
J'aime ces Noël, pleins d'attendus et de bienveillance, pleins de gentillesse, avec cette petite pointe de compassion maladroite pour ceux qui y croient presque encore… …
Mais que jamais on ne dise à tous les lutins pré-pubères, à tous les gnômes chiffonnés dans leurs pyjamas, à tous des frénétiques dérouleurs de bolducs… que jamais on ne leur dise trop tôt que croire à ce qui est fragile est une force, qu'ils attendent pour se rendre compte qu'ils sont partie prenante de la magie.
Je suis profondément atteinte … irrémédiablement contaminée par le syndrome de la neige artificielle, des chaussettes en laine pendues, de l'odeur des bûches calcinées, des châtaignes et des laits de poule.
Mais…
Je ne suis pas pour autant désespérée à l'idée de passer Noël au soleil, marquant des traces de pas dans le sable fin, regardant les tongues pendues sous les palmiers, envahie de l'odeur des ambres solaires et autre Monoye.
Je me remettrai certainement sans mal de ce Noël dans une île sous le soleil, en tête à tête, juste au coeur de l'essentiel.
dimanche 2 octobre 2011
un angle un peu différent

Des congés en décalé, des sursauts d'été recalés en automne, forcément ça destabilise et je ne m'en sors pas indemne...
Alors, moitié pour le plaisir des mots, moitié pour démêler ces réflexions diffuses qui affleurent à l'occasion des vacances comme le font les cailloux d'un champs en jachère, je reprends le clavier pour quelques formules.
Le prochain "vrai" message est en préparation, mais je dois encore laisser un peu le sable filer entre mes orteils, mes pattes d'oie se creuser de sel au soleil et mes pas se plomber par trop de balades ...
Donc, en attendant, quelques cailloux sortis de mes méninges désoeuvrés, des phrases qui se la philosophent à deux balles aux détours des dunes.
"Ce n'est pas l'excès de travail qui épuise mais le manque de repos. Ce n'est pas la vieillesse qui est rude mais le manque de vie devant soi."
"Le manque d'intelligence et d'écoute des débats est plus affligeant que la vacuité des échanges."
"Que les journalistes continuent à se prendre pour des procureurs, les animateurs pour des journalistes, les invités de talk-show pour des leaders d'opinion, les publicitaires vieillissants rôtis d'UV pour des sociologues, les Hommes politiques pour des serviteurs fussent-ils de la république, que ce jeu continue, s'amplifie et s'emballe comme des chaises musicales effrénées, et qu'enfin ils se retrouvent le cul par terre, là où leurs pieds n'ont plus d'empreintes depuis longtemps".
"La peur avouée de vieillir est souvent narcissique: peur de souffrir, de se flétrir, d'être dépendant. Ma peur inavouée est de savoir devoir se séparer irréparablement des autres, juste un peu plus âgés ou juste comme moi, avant même que de n'avoir à le faire de ma propre jeunesse".
"Michel Jonasz: le visage de mon père, mais vivant et avec une moustache... saisissant de ressemblance. C'est une chance de ne pas pouvoir oublier son image. Une chance parfois un peu violente."
"Faire plaisir est une façon élégante et utile de s'oublier enfin - y trouver de l'émotion permet de se retrouver".
"Il faut que j'écrive un bouquin sur l'art de ne pas être grand-mère".
"Plus ridicule qu'un quinquagénaire avec un égo démesuré, un quinquagénaire avec un égo démesuré de trentenaire".
"Vivre au jour le jour, c'est ne pas être mort de nuit en nuit... j'aime autant l'inverse".
Pas de moi, mais j'adore "le verre n'est ni à moitié vide, ni à moitié plein, mais juste parfois deux fois trop grand"... et ça vaut aussi pour les lit de coin, même d'1m 20 ...
Et voila le genre de réflexions auxquelles conduisent quelques jours de vacances après trop de tout et pas assez d'essentiels - flippant, n'est-il pas?
Sur ce, je vais réviser mes grasses mat, siestes et assoupissements divers, mes discussions banales ou passionnées, mes silences, mes balades littorales et autres respirations enfin à plein poumon (il était temps) et enfin iodées. Je vais également aussi chercher un entonnoir à ma taille, au cas où ces quelques lignes deviennent mon régime nominal.
Certainement à bientôt, quelque soit mon nouveau couvre-chef, pour une balade charentaise apaisée et tranquille, au rythme des cagouilles.
dimanche 21 août 2011
Faena sans arene
Décidément, ce sont les soirs de chaleur qui me poussent à écrire. Ceux qui sont en solo. Surtout les dimanches.
Les dimanches ont ce calme suspect qui précède le plongeon dans l'effervescence entretenue du travail et la sociabilisation à peine forcée qui va de pair.
Pas un souffle d'air.
Tout s'expend.
Les jambes enflent, les pores se dilatent, les cernes touchent des abysses et les idées se répandent plus ou moins heureusement.
Il faut bien trouver une vertu à cette torpeur moite, aux orages qui ne crèvent pas et à une certaine solitude, un éloignement de quelques jours.
Après l'effervescence d'un week-end splendide à Béziers pour la féria, de partages, à côtoyer l'exception, ce week-end-ci est d'un contraste cinglant.
Tout d'abord avoir loupé une fenêtre, une entrée dans un autre monde. Et ce, pour la raison la plus trivialement stérile: la raison professionnelle.
Une virée manquée à Belle Ile, des rencontres shuntées avec ses amis, des affinités qui auraient pu d'épanouir encore plus.
Mais à quoi servent les regrets quand on s'est soi même soumis, même si c'est à des contraintes "acceptées".
Pas de regrets, non, mais un fonds collant et vaseux de culpabilité.
Alors même que je ne voulais plus avoir à mettre sous conditions mes curiosités, ce qui fait l'engrais des jardins privés.
La fatigue dans ces moments-là laisse la place à une lassitude enveloppante, une mélancolie fourbue.
Encore quelques semaines, moins d’un mois, à ce régime forcé. Plus que quelques semaines à laisser le terrain à ce qui n’est pas vraiment l’essentiel, ce qui n’est pas le sel de la vie.
Comme dans les corridas, c’est une guerre de terrains dans laquelle il s’agit de ne céder que ce qui est nécessaire et de toujours maîtriser le leurre, une protection aussi fragile fut-elle mais essentielle.
La conviction plus que l’intelligence ou le pouvoir permet ces petits miracles.
Jouer avec ses limites. Jeu familier, presque addictif, mais jeu risqué, parfois grisant, souvent inutile.
Ensuite, bientôt, il faudra que je me repose, que nous nous re-posions, que nous nous pausions.
Un an bientôt à toucher du doigt l’improbable , à déchirer le voile qui recouvrait les envies, à conjuguer au présent pluriel, à étendre l’horizon.
Alors, un dimanche à mouronner, dans la moiteur d’une ville sans vitalité, sans rire ni parole, c’est à peine une ponctuation, une virgule dans un texte dense, une anecdote.
Pourquoi en faire un cas ?
Juste pour forcer cet état à cesser peut-être ?
lundi 27 juin 2011
imper et passe

Milieu de la nuit. Il fait chaud.
Depuis plusieurs heures l'esprit s'entrechoque, sans étincelle. Juste des gnons, des engourdissements stériles.
La fatigue depuis plusieurs mois maintenant est une invitée clandestine. Installée.
Il est plus que tard. Déjà lundi. La nuit laisse, comme toujours, planer l'illusion qu'hier s'étire encore.
Je suis presque vaincue mais les mots volent encore dans ma tête comme des mouches dans un bocal. Ils ont pollué ma journée.
Une suite de mots. Rien à en attendre. A peine chercher en eux si ce n'est un début d'idée, une base de musique. Les mots ronflants ou sobres sont les compagnons noctambules et anachroniques des heures d'entre deux jours.
Entre deux moiteurs, voici les mots qui s'organisent autour de considérations assez vaseuses autour des âges qui nous rythment.
Il y a des âges pour l'insouciance, pour les fascinations. Il y a des âges qui construisent des repères, des références. Comme ça, sans calcul.
Il y a des âges où ces repères se perdent, où les fascinations laissent place aux séductions très étudiées, narcissiques. Comme ça, par mauvais calcul. Des âges pour se rassurer. Des âges où la spontanéité s'est effacée.
Ensuite, il y a des âges pour les retenues, pour les soustractions. Apprendre à perdre.
Les héros de l'enfance meurent. Les êtres uniques jusqu'alors par leur présence, le deviennent terriblement plus en partant. Le vide prend sa place. Les séductions suintent le fond de teint. Les rires sonnent un peu plus faux.
Un âge où les émois des jours tendres laissent encore la trace d'une saveur connue. Un âge où cette saveur file sur les lèvres comme une morsure.
Un âge en équilibre qui penche vers les souvenirs. Un âge pour se pencher et tomber en espérant des bras. Comme le chante Pete Doherty ... Once upon a time...
Mais il suffit d'un rien face aux abysses pour s'éviter les vertiges, encore faut-il y faire face.
Il reste que le coeur de la nuit est un terreau bien sombre.
Aujourd'hui le temps a tourné de la pluie au soleil, puis à la moiteur orageuse des excès. Les germes des idées maussades s'épanouissent comme des lierres. Envahissants.
Un jour pousse l'autre. Un souvenir s'accroche à un autre comme un devenir à une envie.
C'est stupide comme des évènements étrangers à sa vie propre y trouvent des résonances assourdissantes.
La mort de Peter Falk m'a émue plus que je ne l'aurais pensé.
Une intelligence de moins, un non conformiste de moins, un talent de moins, un visage familier de moins, et juste un vide maintenant. Un de plus.
dimanche 3 avril 2011
le souffle court... et moi après lui
mercredi 8 décembre 2010
ecran de neige
Jour de neige. Paris. Après-midi off.
Les premières heures d'aujourd'hui ont été difficiles. Tiraillées. Inquiètes.
Puis le soleil s'est levé, bien après qu'il eut commencé à faire jour.
Un jour blanc dehors.
Un jour gris dedans.
Les jours de neige, à Paris, gomment les reliefs. Gomment les bruits. Les tumultes urbains sont en sourdine. Les nuances de gris et de greige de la ville sont en veille.
Chet succède à Luis.
Alors.
Avant que la boue ne remplace les tapis ouateux. Avant que les flaques ne succèdent aux souplesses neigeuses. Avant que les traces inaugurales ne soient remplacées par les piétinements inutiles.
Alors....
Alors, dans ce demi silence blanc, la place est nette pour ses errances personnelles. Pour les pics et les gouffres. Pour les cacophonies et les mutismes. Pour ses sentiments. Pour leurs résonances. Leurs échos.
Ajoutez à cela une pointe d'incertitude. La plus intime. La crainte la plus pure.
Des examens médicaux intrusifs. Aiguilles. Carottages. Des écrans renvoyant des images de soi indistinctes, indéchiffrables. Impudiques au micron près. Des images à peine capturées que sitôt mesurées. Archivées. Fixées dans leurs anomalies métaboliques.
Des odeurs écoeurantes de peurs, d'incertitudes. Les statistiques.
Une salle d'attente bondée. Pleine de doutes, de renoncements, d'optimisme et d'espérance. Une salle d'attente pleine d'humanité.
Et voici dans ma tête une pièce qui vole en l'air. Pile? Face? What the fuck!
Reste à attendre les résultats.
10, 12 jours. Fois 24 heures. Fois 60 minutes. Fois les absences. Fois les silences. Fois les "si" à peine avoués. Fois tous les moments dédiés à des âmes choisies. Et aussi à lui.
Un examen, on le rate ou on le réussit. C'est binaire. Et c'est idem, qu'il soit médical ou non.
Après et avant, il y a la "vraie" vie.
Jamais binaire. Sans diagnostique imparable. Ni blanche, ni noire.
Comme ces snow days.
Je vais attendre.
La pièce sur la tranche, pour ce qui du diagnostique médical.
Dans cette attente, entre deux "si", une certitude est installée. Ne plus perdre de temps par ailleurs.
Juste le passer avec lui. En gouter les sucres et les acides. Le savourer. Le temps construit ensemble a "de la gueule", à défaut d'avoir les attraits classiques et harmonieux des ronroncoulades des squatters des bancs publics, neigeux ou secs.
Une pièce sur la tranche. Soit. Mais son ombre n'est pas froide.
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